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Flayed : « Ça étonne toujours les groupes européens que le Hellfest ne nous ait toujours pas retenus ! »

Flayed, c’est un peu le loup dans la bergerie rock : ils font peur. Car du talent, ils n’en manquent pas. Et comme, leur son et leur production balayent la concurrence d’un revers de guitare, on se demande encore pourquoi ils ne trustent pas le haut de l’affiche. Ah oui c’est vrai, Gojira a été nommé aux Grammy awards de Los ANgeles, tandis qu’à Paris, Renaud est ovationné aux Victoires de la Musique. Une raison de plus pour rencontrer ces phénomènes de Vienne. Chose faîte avec son bassiste, Charlie, qui nous dévoile une partie du secret. 

Charlie, tu peux nous rappeler comment le groupe est né ? Qui, quoi, quand, ou…
Le groupe a quatre ans, il est né début 2013. Pour la faire simple, on a tous rejoint le projet du guitariste soliste Julien Gadiolet. Avec son ancienne formation et il s’était engagé sur 2 concerts et s’est retrouvé seul du jour au lendemain. Il nous a appelés à la rescousse ! On se connait tous depuis une quinzaine d’année, mais on n’avait jamais eu l’occasion de jouer ensemble. On s’est dit « ouai pourquoi pas on va te dépanner y’a pas de soucis ». Et puis on s’est rendu compte que ça marchait très bien ! En quelques répètes, ça sonnait bien. Après les deux premiers concerts, on en a choppé d’autres derrière. Résultat, on n’a pas eu le temps de se poser trop de question et rien que sur la première année on a dû faire une cinquantaine de dates. On a enquillé direct sur l’enregistrement d’un album en 2014. L’année d’après on sortait le deuxième album enregistré à Amsterdam. Vu la cadence des compositions, on a laissé ça à une seule personne (Julien Gadiolet, ndlr). Les morceaux qui prennent la poussière, on les enregistre, on sort l’album et on prend la route. Avec notre dernier EP, c’est la même chose, on repart sur la route. On sait déjà qu’au début de l’été, on va rentrer en studio.

Et pourquoi juste un EP et pas un album pour votre dernier opus ?
On a changé de label, on est maintenant chez Kaotoxin. On voulait tester notre relation, eux comme nous. Il nous restait des morceaux de « Monster man » qui ne rentraient pas dans le format vinyle… Qu’on n’a finalement pas sorti faute de temps et d’argent ! Du coup on s’est retrouvé avec 2 morceaux qu’on pas pu réintégrer sur le CD, les masters étant déjà à l’impression. Bref, on a sorti l’EP en y ajoutant  deux titres qui illustrent ce que sera le prochain disque, même si ces morceaux ne seront pas sur le futur album. Ça ne sert à rien, on en a assez sous la patte ! Et puis on a glissé une petite reprise au milieu histoire de se faire plaisir.

Justement, pourquoi avoir choisi un morceau de Creedence Clearwater Revival ?
En fait on vient tous d’univers différents dans le groupe, la moitié vient du métal, l’autre moitié du rock. Ceux qui viennent du métal (le guitariste qui compose, moi…), on a quand même un gros bagage classic rock. Un soir, lors d’un after, on s’est amusé à passer des vieux titres et Creedence faisait parti de la playlist. « Fortunate son » est resté parce que le son est identifiable à la première seconde. A la base on voulait juste le jouer entre nous, en répète, mais comme tout le monde avait la banane, que ça sonnait bien on s’est dit « on l’enregistre ! ». On l’a capté live. C’est un morceau où tu ne te prends pas la tête. Tu l’as tellement entendu, que ça vient et que tu peux même prendre le temps de t’écouter jouer, chose impossible avec tes propres morceaux.

Et comme l’original de 66, vous avez sorti une édition vinyle ?
Oui, l’EP est sorti en vinyle, On voulait un vrai produit, un produit qui vieillit correctement et qui a de la gueule avec un grain, une odeur. Le CD c’est pratique, c’est un format qui est assez large mais pour nous le plus important c’est le vinyle. Beaucoup de gens ont des vinyles alors qu’ils n’ont pas de platine et qui se disent qu’un un jour peut-être… Et puis, tu ne peux pas le ranger dans ton rack à CD comme une petite tranche noyée parmi tant d’autre. Là tu n’as pas le choix, tu le vois bien !

Il y aura une reprise dans le prochain album ?
Non. Déjà, celle là, on ne voulait pas forcément la faire ! On voulait la garder pour nous. Mais tout est possible, on est encore en composition. L’album ne devrait sortir qu’au début 2018.

Vos deux premiers albums sont sortis en vinyle ?
Non, les frais étaient trop importants. Pour une édition vinyle, il faut refaire un mix et un mastering. Ce qui implique aussi de dégager du temps et de penser le morceau pour qu’il sonne sur le mastering. Sur l’EP en version vinyle, la dynamique est différente et la disposition spatiale du son n’est pas la même. Sur la reprise de Creedence ça fait plaisir d’avoir ce grain là. On se dit qu’on ne s’est pas trop planté sur ce coup là !

Ou a été fabriqué le vinyle ?
Si je ne dis pas de bêtises, l’impression a été réalisée en Pologne parce qu’ils ont des tarifs imbattables… Le problème avec la France, c’est que les délais sont ultra longs et les tarifs ultra hauts. Aujourd’hui, c’est le label qui gère tout.

En revanche on va le trouver dans toutes les bonnes boutiques ?
Oui, mais attention, on est sur 300 pièces uniquement. Avec le label on s’est dit que c’était vraiment un test pour le prochain album. On fera bien le 3ème y’a pas de soucis ! Mais Kaotoxin n’avait pas trop envie de bosser sur un EP ni sur un vinyle… Donc ils ont eu les deux ! Au final, on a fait 300 vinyles et 500 CD. Et il n’y aura pas repressage !

On a parlé de Creedence, mais à la base quelles sont vos influences ?
La jonction entre nous, c’est AC/DC et Deep Purple avec peut être Foo Fighters, pour la prod un peu plus moderne : on a ce format avec des refrain « un peu plus accrocheurs » taillés pour le live. Notre but premier ce n’est pas de sortir de la discographie à l’infini, c’est sortir quelque chose pour revenir sur scène. Alors après, à l’écoute, on ne peut pas renier nos influences. Nos basiques, c’est entre 62 et 78. Alors, oui, on a pas mal de groupes en commun dans nos bagages.

Comment une génération née avant cette époque se retrouve autour de cette musique ?
Mes parents ne m’ont pas laissé le choix, je « bouffe ça » depuis que je suis môme ! Je suis un gros fan des Who depuis que j’ai 5 ans et c’est obsessionnel de ce côté-là ! Le claviériste, Rav, qui est un peu plus vieux que moi, est aussi à fond dans cette période, Son studio est quasiment équipé de magnétos à bande, il y a deux orgues Hammond, trois Lesli, un mellotron, des vieux Rhodes,  de la vieille clavinet… En gros, on a toute la panoplie de l’époque. Son père était féru d’électronique. C’était le seul qui pouvait réparer les orgues Hammond à l’époque en France. On s’est tous retrouvé autour de cette passion. Seul le chanteur, peut-être, s’y est mis sur le tard à force de nous fréquenter. Bien sûr, ado, on a eu nos phases Métal afin de récupérer un son un peu plus actuel, mais on revient toujours au classique !

En studio, vous cherchez à reproduire le son de l’époque ?
Absolument pas. On n’enregistre pas en live comme ça se faisait avant. Techniquement, vu nos morceaux, se serait trop compliqué. On préfère fonctionner tels que nous le permettent les moyens d’aujourd’hui. On enregistre sur bande, avec une grosse console de l’époque, mais on fait instrument pas instrument afin d’avoir un signal propre et un traitement post prod « actuel ». On pourrait enregistrer comme avant, mais de toute façon, ça serait renettoyer derrière.

Quel est votre secret pour avoir une telle dynamique ?
Le secret est en Bretagne, à Clisson au Vamacara studio. On s’occupe nous même de toute la partie prise de son, pré mix et ensuite c’est confié au Vamacara Studio qui mixe, masterise et s’occupe du graphisme des albums. On a trouvé la personne qui a la double casquette et la bonne vision de notre production : énorme mais pas surproduit. Il y a une vraie dynamique : on récupère des brillances qu’on ne trouve plus aujourd’hui. On n’a quasiment pas de compression. En vinyle, sur le master c’est encore mieux !

Et de Clisson au Hellfest, il n’y a qu’un pas !
Non, on n’a pas encore joué au Hellfest. C’est le rêve de tous musicos en France. Surtout que nous, on vient du métal. Ça fait 3 ans qu’on tape à la porte, mais bon… On garde ça en ligne de mire, c’est un des gros festivals européen et il est français.  Ça étonne toujours les groupes européens qu’on croise que le Hellfest ne nous ait toujours pas retenus !

Vous tournez beaucoup en Europe ?
On essaye de sortir un peu du pays. L’année dernière on est parti 15 jours au Québec avec un groupe du coin, les Trimpes, qui chantent en français. Du coup, on les a invités sur notre tournée française. De toute façon, notre style de musique convient bien à l’Allemagne, aux pays nordiques, au Royaume Unis. Même en France, ça bouge un peu.

D’où la volonté de chanter en anglais ?
Le français est compliqué. La langue est belle, mais la faire sonner en chanson, c’est compliqué. Et puis, quand tu n’es pas poète… Le français, c’est bien pour la littérature, de la chanson à texte. Quand tu es censé passer par-dessus une ligne mélodique rock, c’est autre chose ! .

C’est Julien qui écrit également les paroles ?
Non, Julien amène des maquettes avec guitare, basse, batterie. Derrière le morceau grossit et le chanteur Renato pioche dedans, pose sa partie chant et ses paroles. Ensuite l’orgue englobe le tout. Puis, on récupère le morceau et chacun peaufine ses parties. On est tous d’accord pour qu’il n’y en ait qu’un qui compose.

En 2017, Flayed vit de sa musique ?
Non, on a tous des jobs à côté. On ne court pas après le statut d’intermittent du spectacle. Certaines années, vu le nombre de date de concert, on pourrait en bénéficier. Mais c’est en fait un autre rythme de vie, tu cours après d’autres choses. Tant qu’on gère musique, boulot et vie de famille, le contrat est rempli. On arrive à se voir au moins une fois par semaine pour répéter. On habite tous dans un rayon de 45 kms autour de Vienne. Ce qui permet d’avancer vite et de se connaître par cœur.

Quel est l’objectif 2017 ?
C’est de finaliser le troisième album et de repartir au printemps sur la route. Notre tourneur est québécois et ça fonctionne bien de ce côté-là.

Un tourneur québécois, c’est un pied aux Etats Unis ?
Non, car même les formations québécoises n’arrivent pas à tourner aux USA. C’est encore plus saturé qu’en France. Les frais sont énormes, même si on voulait faire la première partie d’un groupe. En revanche, on va repartir au Québec !

Et la scène viennoise ?
C’est très punk rock à Vienne. Depuis, 5 / 6 ans, les jeunes remontent des groupes. Le problème de la région Rhône Alpes, c’est l’absence de lieu de diffusion. A Vienne, il n’y a que deux endroits où tu peux donner des concerts : un théâtre romain en plein air de 8000 places (pas très accessible pour des groupes qui débutent)  et une petite MJC. Ensuite, il faut aller à Lyon ou Grenoble.

Du coup, il manque quoi à un groupe local pour devenir « banckable » ?
C’est une histoire de concession et de public. La réalité, c’est que le public rock en France apprécie surtout les stars étrangères. C’est une question d’histoire. Ce qui nous manque, c’est de faire de plus grosses scènes. On a ouvert pour Scorpions, il y 2 ans. C’était plein, ça a bien réagi, on a bien vendu. C’est suite à ce concert que depuis on a franchi un palier. On multiplie ce schéma plusieurs fois dans l’année et le tour est joué. Le succès marche à l’usure ou au pognon, à la loyale sur scène ou aux plans markets.en radio. Nous on fait de la scène. Même si on « récupère » 30 personnes sur chaque ville, l’année d’après, t’es un peu plus gros. Pour l’instant on fait des salles de 300 places en moyenne. Et on reprend « Fortunate son » de Creedance !

Propos recueillis par Hervé Devallan
Page Flayed sur Rock made in France

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