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General Elektriks : « Je trouve très important de m’intégrer linguistiquement. Mais à Berlin, ils parlent vraiment bien l’anglais ! »

« Carry no ghosts » est le cinquième album studio de General Elektriks. Désormais, le projet d’Hervé Salters tourne dans le monde entier, mais c’est encore en France qu’il trouve son vrai publique. Extirpé de Berlin où il vit désormais, le chanteur claviériste franco britannique est venu à Paris répondre aux questions de Rock made in France.

General Elektriks est né à Paris ou a Berkeley ?
Hervé Salters
 : Très bonne question, c’est surtout un cahier de voyage né à Paris. Les 2 ou 3 premiers morceaux ont été composés à Paris, notamment « Tu m’intrigues » écrit en français. En 1998 j’ai poursuivi mes bidouilles et ça a donné « Central Park » et « Techno kid ».
En 1999, toute la famille a déménagé à San Francisco. On est parti là-bas en simple touriste, mais nous sommes tombés amoureux de la ville et c’est devenu un véritable projet de vie. Ma femme étant à moitié américaine elle a rapidement trouvé un boulot dans une école Franco Américaine.
En revanche, de mon côté, je ne connaissais personne aux USA et j’ai dû repartir de zéro et surtout refaire un réseau musical. J’ai été face à une réalité économique difficile car si tu n’as pas de boulot, personne ne te rattrape là-bas. J’ai fait une sorte de bilan afin de savoir si je voulais vraiment continuer la musique, quelle musique, tout en faisant des petits boulots comme bon nombre de mes copains à San Francisco. J’ai notamment bossé pour un site internet qui s’appelait « Mongo music ». Ça été assez formateur. Mais ce début difficile m’a fait beaucoup de bien et m’a permis de m’interroger sur la musique que je voulais faire, celle qui me ferait lever le matin.
Finalement, le premier disque de General Elektriks est sorti en 2003 sur deux labels, dont un Français, le label Bleu. C’est son patron, Pierre Walfisz qui m’a poussé à finir l’album après avoir écouté « Tu m’intrigues ». Il m’a demandé si j’avais un album entier de ça. J’ai donc composé d’autres titres. C’est comme ça qu’est vraiment né le projet.

Est-ce que Général Elektriks aurait pu voir le jour à Paris ?
Et bien encore une fois c’est une bonne question et je ne sais pas …
Je ne suis pas chanteur à la base, je suis au clavier donc je me serais sans doute senti observé et jugé par les copains donc je ne sais pas si j’aurai eu le courage de me lancer dans une carrière de chanteur. Aux, USA personne ne me connaissait mais surtout tout le monde t’encourage. Quand tu as un projet tu es poussé. C’est cliché, mais c’est vrai.

Pourquoi être aujourd’hui installé à Berlin ?
Sarah (sa femme, ndlr) et moi voulions retourner en Europe. Durant une tournée avec General Elektriks, on est allé à Berlin et là aussi, on est tombé sous le charme. On est à Berlin Ouest dans le côté historiquement alternatif entre les deux Berlin. On est en plein dans le quartier qui se gentrifie, donc ça bouge bien et je suis content. Même si artistiquement c’est un endroit fort, on est loin de la période de la chute du mur ou l’art était à profusion et il n’y avait pas de limite, la police n’intervenait même pas. C’est quelque chose dont on rêve un peu quand on est artiste. Je n’ai malheureusement pas connu cette époque mais le Berlin reste est une ville très cosmopolite encore très ouvert aux Arts avec un côté étrange.

Ton dernier album « Carry no ghosts » doit beaucoup à Berlin ?
A la scène surtout ! Sur cet album il y quasiment un batteur dans tous les morceaux sauf dans deux ou trois ou j’ai effectivement programmé des batteries. J’avais envie d’aller vers quelque chose de plus cru de moins contrôlé afin de vivre l’instant live. Si tu sais utiliser ce moment c’est quelque chose d’énorme, pour créer c’est fou. En concert on ne joue pas avec des clics dans les oreilles. Même les sons les plus électroniques sont joués avec des coussinets ou des samples. Cela permet d’être dans l’instant. C’est ce qu’on essaye de faire avec General Elektriks. Tout est une sorte de puzzle avec les 5 musiciens et le public.

L’enregistrement d’un album est donc un exercice frustrant ?
C’est vrai, mais il y a quand même un échange, certes en différé, mais un échange quand même. Et puis, l’idée de l’album était de risquer des choses. Parfois c’est nul, parfois c’est bien et je conserve cette nouvelle sonorité. J’essaye de provoquer des accidents. Je vais appuyer sur Record et je vais voir. Ça se joue sur le ressenti plutôt que sur l’intellect.

Un mécanisme né de la scène ?
Oui absolument. Pour la création de cet album j’ai composé très vite après les différents concerts afin de me sentir encore entouré et essayer de garder cette énergie et cette communication avec le public. Je n’étais pas en train de me dire « je vais faire un morceau comme ça car c’est ce qu’ils attendent » mais cette sensation de proximité était très agréable et productive.

Tu es seul en studio ?
Oui tout seul, sauf pour certains morceaux ou il y a effectivement le bassiste et le guitariste. Jessie Chaton à la basse (Voir Fancy, ndlr), Eric Starczan à la guitare… Pupillo, le batteur est brésilien. Je l’ai rencontré là-bas lors d’un concert de la chanteuse SeU qui m’avait demandé de co-écrire son album «Tropix ». C’est donc le batteur de l’album, mais sur scène je joue en alternance avec deux autres batteurs que j’adore : Touski et Thomas Milteau.

Maintenant que tu es à Berlin, pourquoi ne pas chanter en allemand ?
J’ai  fait un titre en Allemand même si ma pratique reste très élémentaire J’essaye de temps en temps de faire des expériences … Je trouve ça très important de s’intégrer linguistiquement. Mais à Berlin, ils parlent vraiment bien l’anglais donc … Notre vie sociale se passe en anglais. Et puis quand je suis en studio je ne parle pas … et quand je suis en tourné, je ne ressens pas encore vraiment le besoin de parler allemand ! Et puis se serait un peu hypocrite étant donné mon niveau en Allemand.

Être un Français qui habite à Berlin, te fais sentir d’avantage Européen ?
Ah si totalement, et depuis mon enfance. Ma mère est britannique et j’ai passé une grande partie de mon enfance en France et à Londres. J’ai vraiment l’impression d’être un enfant de l’Europe. Et à Berlin c’est ce que j’ai trouvé génial. On est arrivé avec nos cartes françaises et en quelques jours ont avaient les mêmes en Allemagne. Tout est très simple. Il y a bien évidements pleins de choses à améliorer mais de là à dire qu’il faut arrêter l’Europe c’est une connerie ! C’est quelque chose qui m’a d’ailleurs vraiment miné avec le Brexit ou l’élection de Trump. Le fait de remettre en question l’Europe. D’ailleurs le morceau « Amour Uber Alles » est un morceau fondamentalement pro européen.

Tu rêves en français ou en anglais ?
Ahah ! Je ne sais pas. Je ne suis pas sûre de rêver dans une langue. Je rêve beaucoup en couleur … Je compte en Français par contre. C’est donc un signe et le Français reste ma première langue.

Sur le premier titre « Different Blue » tu rends hommage à Bowie et à Prince : ce sont tes deux piliers ?
Non du tout, c’était surtout pour leurs rendre hommage. Steve Wonder, les Beatles, Curtis Mayfield et j’en passe sont mes piliers. En revanche, ce n’est pas un hasard si « Different Blue » est le premier morceau de l’album. Il reflète bien les influences de la musique Afro-americaine. Prince c’est évident, mais Bowie également. Ce sont deux artistes qui ont généré quelque chose de très personnel et de très différent. C’est le main stream qui est venu vers eux et non l’inverse. Dans l’image comme dans le son d’ailleurs. L’androgynie qu’ils ont dégagée d’eux … ça m’a fait mal de les voir partir je n’ai pas vraiment vu de remplaçants. Je ne prétends pas du tout être à la hauteur de ces gars-là. Mais ils ont permis à plein de gens de s’assumer.

D’autres personnalités restent marquantes pour toi ?
Je dirais Lou Reed. C’est drôle d’ailleurs car c’est sur le label de l’ex manager de Lou Reed que sort le dernier General Elektriks. De même, ce que fait Michael Jackson reste complètement fou mais par rapport à Prince ou Bowie c’est vraiment différent, moins personnel. Côté studio, il était plus façonné par d’autres personnes. C’était un « Performer » au sens interprète du terme.

Ton inspiration ne vient pas de France ?
Non je n’ai pas vraiment l’impression que la France soit rock et encore moins mélomane. Quand je suis arrivé aux USA ce qui m’a marqué c’est qu’au lycée quand on a le temps on monte un groupe de rock. Pour le hip hop c’est pareil … Tout le monde connait au moins un couplet de hip-hop. Du banquier avec son attaché-case au plombier.  Il n’y a pas de grande et de petite culture là-bas. Je pense qu’en France la culture populaire ce n’est pas la musique, mais le sport ou la bouffe. A l’époque de Piaf ou de Brel oui, mais aujourd’hui je n’ai plus l’impression.

Aux Etats Unis, ta musique est perçue comment ?
Franchement, je suis vu comme un artiste européen qui fait du funk ou de la soul. De toute façon, les deux derniers albums n’ont pas été vraiment promus aux USA. Le dernier oui, on a de vraies dates là-bas. Mon public reste la France.

Tes morceaux en français semblent beaucoup plus pop que le reste de l’album
Tu sais c’est marrant, si tu retires la voix de « Au tir à la carabine », je ne suis pas certain que ça soit plus pop. J’ai reçu le commentaire d’un mec sur Facebook sur ce morceau justement qui disait « waaa l’instru ça me fait penser à du J Funk… » donc tu vois du rap US des années 60-70.
C’est surtout la performance vocale inspirée de Gainsbourg (sa manière de chanter à moitié en train de chuchoter) qui fait que … La chanson en anglais aurait eu une autre couleur. Il n’y a pas la même emprunte en anglais et en français.

Comment choisis tu entre les deux langues ?
Ça vient comme ça. Pour « Au tir à la carabine », mes idées sont venues en français donc j’ai chanté en français c’est aussi simple que ça. Idem pour les textes en anglais quand j’étais en Californie, c’était logique. Ecrire en anglais c’est une tâche plus facile avec moins de contraintes mais aussi avec moins de « tradition ». Tu vois, dans « Au tir à la carabine », il y a certains mots qui ne riment pas mais qui sonnent bien et ça c’est à l’anglaise.
En revanche, ça m’a fait du bien d’écrire en français. Et puis, on verra si ça se trouve je vais devenir une brute en allemand et je vais me mettre à écrire en Allemand (rire). C’est dommage car l’allemand est une langue très poétique.

Tu joues toujours avec Honeycut ?
Non, ça c’est fini on a perdu contact. On a fait deux albums ensemble à San Francisco.  C’était un projet local, maintenant que je suis retourné en Europe c’est terminé. Mais effectivement j’ai réalisé un rêve avec les nombreuses tournées aux USA au sein d’un groupe hip-hop.

En quoi ton expérience au sein de ce groupe a-t- elle influencée General Elektriks ?
C’est très léger sur certaines parties du clavier mais c’est surtout sur les beats et l’approche du grave. La pop c’est surtout dans les médiums alors que le hip-hop c’est vraiment dans les graves et c’est très riche. J’ai intégré ce côté hip-hop dans ma musique.

Jessie Chaton de Fancy  tourne toujours avec toi ?
Oui je l’ai rencontré car c’était un fan de Vercoquin (premier groupe d’Hervé Salters, ndlr). Il m’avait demandé si je pouvais lui donner des cours de clavier. Au début ça ne me branchait pas trop, mais on est devenu copain alors … Et en plus de ça j’ai toujours aimé son approche de la musique et de l’esthétisme qui tourne autour. Il apporte quelque chose de plus free. Et puis, c’est une encyclopédie sur patte qui connait beaucoup le rock et le funk donc oui il est moins technique, mais il a une réelle approche de la musique rock et funk au clavier et c’est vraiment très appréciable. C’est en 2009 pour le deuxième album, qu’il a rejoint la formation.

Propos recueillis par Hervé Devallan
Page General Elektriks dans l’Encyclopédie du Rock made in France

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