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Mademoiselle K : « Comme un boxeur dans l’arène »

Second album de Mademoiselle K auto produit, « Sous les brûlures, l’incandescence intact » lui permet de franchir le Rubicon en faisant la part belle aux synthés. Certes, la quête de la sagesse est toujours là, les fêlures aussi. En revanche, si cet album est né d’une rupture, il explore d’autres contrées musicales complètement assumées. Rencontre avec une vraie artiste qui ajoute désormais à sa casquette d’auteur compositeur, celle d’une responsable de label. Auto production oblige.

« Sous les brûlures, l’incandescence intacte » : le disque d’une rebelle ?
Je ne dirais pas ça. Ce qui est nouveau sur cet album, c’est la petite lumière intérieure inaccessible du genre  « quoi qu’il arrive vous n’aurez pas ma lumière ». On est davantage sur la force intérieure qu’une quelconque rébellion.

L’album est donc un cri de l’intérieur ?
Oui, ça on peut le dire. Ma rage existe toujours, Ce qui change, c’est la manière de l’exprimer. Elle est contenue. Il y a quelque chose de plus posé, de plus mature. Je n’ai plus envie de faire chier les autres avec mes propres souffrances afin de mieux vivre ensemble. J’ai décoré le sapin avec des guirlandes de maturité. La sagesse est la quête d’une vie. Dans le titre « ça ne sera pas moi », je dis : « Quand je m’écroulerai sereinement d’avoir tout maîtrisé mentalement », ça c’est mon rêve. On n’a pas envie d’avoir mal tout le temps, on cherche à être heureux. Pas au détriment des autres, mais avec les autres. Et puis le bonheur est plus fort quand il est partagé. Mon album parle de la rupture. Je l’ai rencontré lors d’un stage de yoga. On a fait de la méditation ensemble. Ça a rendu la relation très forte et ça m’a marqué dans la façon de voir les choses.

Donc, c’est à la fois un album de rupture, une quête et un véritable cri ?
J’ai toujours eu cette quête en moi. Mais c’est une première fois qu’on l’entend. Et que je l’assume. Ça fait bien longtemps que je n’avais pas fait de morceau sans batterie (« J’ai pleuré »), depuis « Plus cœur à ça » sur le premier album. C’est simplement assumer être à poil, juste avec ta guitare. Les émotions, je n’ai jamais trop eu de mal à les exprimer, elles étaient juste enrobées dans un cri alors qu’il suffit juste de chanter et d’assumer sa tristesse. Il y a 5 ans encore, j’aurais fait une chanson en expliquant : j’ai pleuré et maintenant je vais tout défoncer. Aujourd’hui, je pleure tout simplement. Et c’est un simple moment à passer.

Un message qui passe aussi par moins de guitare. Un autre virage ?
Oui. Sur une guitare électrique, tu montes le gain, tu fais deux accords et il se passe des choses. Avec le synthé c’est un peu la même chose. Il y des expérimentations sonores, un grain. Là, l’exploration s’est faite avec le tout récent Prophet 6 de Dave Smith ; même si sur l’album j’en ai utilisé d’autres comme le Arp. Mais le Prophet 6, c’est l’instrument que l’on retrouve un peu partout sur l’album. Il est moderne. Sur « On s’est laissé », il n’y a que le synthé – basse, là tu peux vraiment l’entendre gronder… Comme une guitare !

C’est une rencontre avec l’instrument ou la volonté d’un vrai changement ?
Les synthés m’ont toujours attiré. J’en possédais déjà, mais des vintages comme le Juno 106… Mais jamais de coup de cœur jusqu’au Prophet 6. Je me souviens avoir passé 2 heures dans la boutique de Star Pigalle à Paris en ressortant sans pouvoir l’acheter : trop cher ! Mais j’avais enregistré un bout de truc tellement je tripais. Et deux ans après – il n’y a pas si longtemps – j’ai pu l’acheter et enregistrer le disque. En revanche, des claviers y’en a déjà eu sur l’album « Jouer dehors », du piano. Sur « La brûlure » je vais plus loin avec des sons électro, une boîte à rythme. Donc oui, je pense que vais continuer dans cette direction. C’est pas fini. J’aime cet alliage entre la guitare électrique joueuse et très gimmick et le couple synthé – basse. Ça donne une couleur électro rock assez brute.

Côté chant, trois titres sont en anglais. Pourquoi ce choix ?
Je n’ai pas choisi, c’est venu comme ça. J’ai fais des albums en français, un disque en anglais. Je n’ai rien à prouver, aucun complexe par rapport à ça. Ce disque est avant tout l’histoire de cette rupture sentimentale. Les chansons sont arrivées comme ça et elles racontent vraiment l’histoire

Un concept album en quelque sorte ?
Exactement. J’ai toujours eu cette envie dans un coin de ma tête. Tous les titres se suivent comme une histoire. Il y a un début et une fin. Une pause au milieu où je demande aux gens ce qu’ils font pour aller mieux.

Et Mademoiselle K, elle sort un album pour aller mieux ?
Oui, tu as répondu à la question !

Et pourquoi poser cette question aux autres ?
Parce que les gens m’intéressent. Et que tout le monde souffre. Certains comme moi peuvent en parler, d’autres restent mués. Ce qui est mon cas quand je n’écris pas de chansons. La première question que je voulais poser, c’est : Après un moment douloureux, à quel moment t’as su que ça irait mieux ? Je me suis rendu compte assez rapidement que c’était trop compliqué. Ça forçait les gens à chercher quand, pour la dernière fois ils n’étaient pas biens et ensuite trouver le moment du rebond. Et je me suis aussi rendu compte, qu’à part les gros moments de douleur, une mort, une rupture, qu’ils existaient  aussi les coups dures du quotidien : le manque d’argent à la fin du mois, un rendez-vous qui se passe mal, ton gamin qui galère à l’école, etc. Résultat, chaque jour on a besoin de quelque chose pour aller mieux. J’ai donc précisé ma question : Quand t’est triste et que t’es pas bien, qu’est-ce- que tu fais pour aller mieux ? Là, les réponses ont fusé. Et ce que j’ai gardé ce sont les premières secondes, la réponse instinctive.

Qui a répondu ?
J’ai commencé par des amis autour de moi. Puis des inconnus lors de soirées. Et puis les gens que je trouvais cool dans la rue : mon cordonnier… Un éboueur en bas de chez moi, une petite fille qui courait dans la rue, un mec qui m’a aidé à la station essence à regonfler mon pneu. Un peu partout. Puis j’ai ajusté mon montage. Je n’ai pas gardé tout le monde parce que certaines réponses étaient redondantes. Par exemple, j’ai beaucoup eu « J’écoute de la musique ». Et puis j’ai bien aimé mettre des réponses contradictoires l’une à côté de l’autre : « Voir des amis » et « Je m’isole ». Pour moi, c’est à l’image de la vie, toutes les réponses sont bonnes et en réalité, on peut très bien passer par tous ces états.

L’idée d’enregistrer « Pour aller mieux » est venu tout de suite ?
Non, c’est venu en février ou mars dernier (2017, ndlr). Dans une librairie, je suis tombé sur un livre de Sophie Calle. Tu connais ? Cest une artiste contemporaine performeuse, une photographe aussi. Son truc c’est de faire de l’art avec la vie des gens. Par exemple, elle est allé voir des aveugles et leur a demandé : quelle est la dernière image que vous avez vu avant de devenir aveugle ? Autre exemple : elle s’est installée comme caissière au péage de Saint Arnoud. A tous les automobilistes qu’elle croisait, elle leur demandait « Ou pourriez vous m’emmener aujourd’hui ? » Et elle affichait ensuite la réponse sur les panneaux de l’autoroute. Bref, c’est en lisant ce livre que m’est venue l’idée

Cet album étant un album de rupture, est-ce à dire que pour toi l’amour fini mal en général ?
Non, je ne pense pas… Mais il peut-être un moteur pour la création. Pendant ma relation, j’ai écrit deux chansons… Et  quand ça c’est fini, en l’espace de 6 mois, j’avais écrit l’album (rire). A tel point que pendant un temps, je me suis demandé si je ne devais pas faire autre chose dans la vie. Quand t’es heureuse, t’as peut-être tout simplement moins envie. En revanche, il ne faut pas obligatoirement souffrir pour écrire des chansons. On a tous notre lot de souffrance, il n’y a pas besoin d’en rajouter. Mais répondre à ta question, c’est répondre à : comment nait une chanson ? A un moment, il se passe quelque chose. Il suffit alors d’être en pleine conscience et ça déclenche l’écriture ou la composition. Je pense réellement que tu peux faire une chanson de ouf avec 3 bouts de ficelle. Tout dépend de ton inspiration. Et puis il y a des cycles. Le début de ma relation correspond à la fin d’une tournée. J’étais de toute façon en mode pause.

« Sous les brûlures, l’incandescence intacte » est ton second album auto produit. C’est difficile la vie après une Major ?
Franchement, c’est super ! On aurait pu aller voir une Major. Le retour au français faisait que c’était possible. Mais quand tu as fait ce chemin de l’auto production, le retour en arrière est impossible. Ce n’est pas une question de liberté. J’étais libre avec Maison de disque, je suis libre sans. C’est juste la Maison de disque qui n’a pas suivi. En revanche, tout ce que je fais maintenant n’aurait pas été possible sans mon passage dans une Major. Je reconnais l’importance que ça a eue dans mon projet. Mais aujourd’hui, ce qui compte c’est l’investissement des gens. J’ai bossé avec la même équipe pendant des années et tu sens qu’à un moment les gens sont blasés. Maintenant ce côté-là n’existe plus. On est 4… dont une bénévole ! Mais c’est énorme. Avant on était 15 personnes, limite trop. Là, tout le monde en veut, tout le monde est hyper motivé. Et une personne en plus, c’est énorme ! En Indé, tu va au bout du truc. T’es comme un boxeur dans l’arène. T’en veux à fond. Là sur la tournée, on va développer le merchandising, carte bleue et tout ! C’est ça la grande différence entre être en Indé ou Maison de disque : la maîtrise et la motivation. Il n’y a pas de place pour quelqu’un à 50%. On en n’a pas les moyens.

Les plateformes participatives participent à l’effort ?
Complètement. Je suis toujours très reconnaissante. A chaque étape, tout a été canon. En moins de 24h, le premier objectif de 20 000€ était atteint. Et surtout on ne savait pas qu’on finirait à 67 000 € ! Je précise que seule la moitié de cet argent revient au projet. Ce n’est pas un don, mais une vente. Il faut prendre en compte, le coup de fabrication, les frais d’expédition, le pourcentage de la plateforme et la TVA. Les gens le savent, tout est expliqué.

Qu’est-ce qui a changé dans le monde de la musique entre 2006 (« ça me vexe ») et aujourd’hui ?
C’était différent. Je ne suis pas du style à dire « C’était mieux avant ». Moi, mon premier album, je l’aurai sorti quoi qu’il arrive. Aujourd’hui, en Indé, avec le pouvoir d’Internet, tu as une vraie force de frappe. Ça n’est pas pour rien si un groupe comme Fauve a cartonné. Même s’ils ont signé, ils avaient fait tout le boulot avant. Désormais, tous les groupes qui débutent gèrent tout eux même, ils arrivent avec le produit fini. Le boulot de développement est fait. Moi, depuis, que je suis en Indé, j’ai vraiment développé les réseaux sociaux.

Qu’est-ce que t’apporterait une Major aujourd’hui ?
Le budget marketing. Et encore je ne sais pas. Tu ne connais jamais le budget qu’ils vont mettre et il ne s’agit pas des mêmes montant qu’il y a dix ans. Et surtout, cet argent n’est pas synonyme de succès. Ce qui n’a pas changé, c’est la justice immanente comme dit ma prof de musique. Plus sobrement, si ça doit cartonner, ça cartonnera. Et ça qu’on soit en 2006 ou en 2017, même combat.

Mademoiselle K est un groupe ou le travail d’une artiste solo ?
Au début j’ai beaucoup communiqué sur le fait que ce soit un groupe. La réalité, c’est que je suis auteur compositeur. Mais c’est la rencontre avec les musiciens qui fait que ça a été possible. J’en suis très reconnaissante. C’est pour ça qu’ils ont toujours été arrangeurs de mes titres. Depuis, deux albums, c’est mon projet. Si personne se bouge le cul, personne n’écrira pour moi. En revanche, j’ai co écrit un titre, c’est « S.I.C.K. » avec un irlandais. Une rencontre improbable. J’étais en rando en Irlande et un type nous a pris en auto stop et c’était lui. Un mec incroyable : il écrit des livres pour enfant, il a été critique musical pendant 10 ans, il a fait un documentaire sur Sonic Youth, et il est passionné de chevaux. On est resté en contact. Quelques mois plus tard j’ai tournée avec lui en Irlande. Et j’avais cette chanson inachevée. Un soir il rentre bourré et il trouve le refrain. Direct j’ai eu la mélodie. C’était magique.

Tu écris pour les autres ?
Non, on m’a demandé, mais… Déjà j’ai co écrit. Je ne suis pas encore capable de mettre dans la peau d’un autre et lui faire une chanson. Il y a des thèmes qui j’aimerai développer, moins intimistes, universels. Mais là ça serait pour moi. Mais tout est une histoire de rencontre. Alors qui sait ?

Propos recueillis par Hervé Devallan
Page de l’artiste sur Rock made in France

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