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Dominik Nicolas : « Les 13 titres sont terminés, l’album sortira en septembre 2015 »

Dominik Nicolas 3On lui doit presque tous les tubes d’Indochine. De « L’Aventurier » au « 3ème Sexe », c’est lui ! Co-fondateur, compositeur et guitariste du groupe entre 1981 et 1994, Dominik Nicolas revient discrètement et 20 ans après sur le devant de la scène avec un premier album solo attendu pour fin 2015. Entièrement finalisé, l’opus a été réalisé avec le parolier Noël Matteï, ex-chanteur de Madinkà. Intrigué par un tel retour, Rock made in France est parti à la rencontre de cette légende du rock hexagonal. Humble, abordable et charmeur, Dominik Nicolas a répondu à toutes nos questions sans remords ni tabous, mais avec une belle arme à la main : la musique !

Vous enregistrez votre 1er album 20 ans après avoir quitté Indochine. Qu’avez-vous fait pendant toutes ces années ?
Dominik Nicolas : J’ai quitté Indochine en 1994, On ne s’entendait plus, j’ai préféré partir sans regret après avoir vécu de belles années. A l’époque, j’en avais ras-le-bol, du groupe, de la musique, alors j’ai commencé par prendre une année sabbatique : j’avais débuté la musique comme professionnel en 1981 ! Du coup, j’ai pris le temps de vivre, de fonder une famille, puis j’ai voyagé, j’ai pratiqué la pêche à la mouche… Une activité vraiment pointue, j’ai étudié le truc à fond ! J’ai fait aussi un peu de sport auto pour les sensations de pilotage… En 1995 j’ai repris tranquillement ma guitare et enregistré dans mon Home Studio, mais sans désir de refaire un album, pour le plaisir…

dominik nicolas pêche à la moucheRevenons sur cette histoire de pêche à la mouche, l’autre passion de votre vie ?
D.N. :
Oui, à tel point que j’ai réalisé deux documentaires sur le sujet pour la chaîne Seasons de CanalSat. Je connaissais bien le domaine et Jean-Pierre Fleury m’a demandé de tourner deux 26 minutes sur la pêche à la mouche pour « Histoires naturelles », son émission  coproduite avec Igor Barrère, le journaliste de 5 Colonnes à la Une ! J’ai essayé de vulgariser la technique de la pêche à la mouche pour que « monsieur tout le monde » puisse en comprendre les subtilités. Au total j’ai réalisé 4 émissions dont deux sont directement sorties en DVD. Et puis j’ai tout arrêté, j’avais fait le tour.


Un arrêt qui signe un retour à la musique ?
D.N. : Hormis mon année sabbatique, je n’ai jamais cessé d’engranger de la musique. Avant Indochine j’agissais déjà comme çà. D’ailleurs, les premières chansons du groupe sont nées de cette façon ! En 2004 j’ai fini par enregistrer un disque… qui n’est jamais sorti ! C’était un album électro… Et j’ai réalisé que c’était un pur exercice de style. Je me suis aperçu que ce que j’aimais vraiment faire, c’était des chansons pop, avec un texte et une musique. Je ne regrette pas de l’avoir mis dans un tiroir. Je ne le sortirais jamais, car ce n’est pas moi.

dominiknicolas2Ce nouvel album vous ressemble donc d’avantage ?
D.N. : Oui. Après ce coup d’essai, je suis reparti par monts et par vaux jusqu’à ce que je rencontre Noël Mattéï en 2010. On a les mêmes affinités : il a joué dans un groupe de rock (Madinkà, ndlr), on écoute les mêmes trucs, etc. On s’est vu pendant deux ans, il a appris à me connaitre. Il a imaginé des textes que j’aurais pu écrire si j’avais su le faire. Je ne veux pas me lancer dans l’écriture, je ne suis pas assez mégalo ou présomptueux, alors je lui ai demandé de faire quelque chose d’un peu sur-mesure à partir d’un poème de Verlaine que j’avais mis en musique qu’il a pris comme matrice : « Je fais souvent ce rêve étrange et pénétrant / d’une femme inconnue, et que j’aime, et qui m’aime / Et qui n’est, chaque fois, ni tout à fait la même  / Ni tout à fait une autre, et m’aime et me comprend ». Il y avait tous les mots clés : « amour », « pudeur », « secret » ou encore « partage ».
Résultat, j’assume les textes que je chante car au final c’est un album assez mature, pas du tout teenager ! Je peux le défendre !  Un texte comme « Underground », j’y vois aussi ma vie dedans. Je me sens bien dans ces textes qui tournent autour des rapports humains, de l’amour et des valeurs de partage. Noël Mattéï a écrit tous les textes à l’exception d’un titre signé par ma fille Naïs et interprété en duo avec elle.


Comment s’est produite la rencontre avec Noël Mattéi ?
D.N. : J’avais entendu parler de sa formation Madinkà. Bien qu’à l’étranger, je restais en contact avec l’actualité musicale française. Ce n’est que plus tard, en 2010 qu’il est entré en contact avec moi via Facebook. On a fini par devenir amis. D’une manière générale je ne suis pas très bavard. Mais lors de notre premier coup de fil, on est resté 4 heures au téléphone !

dominik noel

Et la collaboration sur l’album s’est bien passée ?
D.N. : Ça s’est super bien passé, on a travaillé comme un groupe. Je faisais la musique, il écrivait les paroles à côté. On testait et modifiait en direct. J’ai retrouvé l’ambiance de mes premières formations, quand j’avais17 ans. On sait accroché qu’une fois en deux ans ! Et en plus c’est un peu de ma faute ! Et comme il est corse… (rires !) Je l’ai rappelé le lendemain pour m’excuser. C’était un moment tendu en studio, j’étais fatigué. Tous les deux on est perfectionniste. Noël écrit la chanson très vite puis il passe deux ou trois jours pour ciseler les paroles. Pour faire passer des petites finesses de texte, les refrains sont différents au sein d’une même chanson. Ça ne va pas être évident de s’en souvenir sur scène…


Un album mature où vous avez pris votre temps !
D.N. : Ça ne s’est pas fait en deux jours effectivement. Tout démarre en juillet 2012 quand Noël vient chez moi pour écrire les textes pendant que je compose. L’album était quasi terminé en février 2014 après notre passage au Rec’n Roll Studio, les studios de Charles de Schutter en Belgique. En revanche, je n’ai récupéré aucunes vieilles bandes. Tous les titres ont été composés ces deux dernières années.

Pourquoi avoir ressenti le besoin d’un album maintenant ?
D.N. : Le pourquoi du comment, je ne le sais pas moi-même ! Ce n’est pas une envie de régler des comptes, même s’il y a eu des frictions quand on s’est séparés avec Indochine. Aujourd’hui, je pense qu’il y a de la place pour tout le monde. J’ai simplement voulu faire mon truc à moi et j’ai bossé dur pendant deux ans. Et ce n’est pas non plus un besoin d’argent ! Je vis normalement, je n’ai pas de problème financier.

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A l’écoute des premiers titres et notamment d’ « Underground », on reconnait la patte du créateur de « L’Aventurier » et du « 3ème Sexe ». Vous n’avez pas perdu la main côté mélodie accrocheuse ! Si je vous dis que ces titres rappellent les univers d’Etienne Daho et de Daniel Darc, vous le prenez bien ?
D.N. : Je le prends comme un compliment. Ce sont des gens que j’aime bien. Après je ne suis pas forcément fan, je n’ai pas tous leurs disques ! Je trouve respectable leurs parcours. D’ailleurs, j’ai participé à un hommage à Daniel Darc sur un album tribute réalisé il y a un an et sorti sur le petit label Unknow Pleasures Records. Je reprends « Les armées de la nuit ». Je me retrouve dans le côté sombre de Darc, même si je positive… Je suis toujours en vie on va dire ! Le parcours de Daho est tout aussi beau. Il a gardé la même ligne. Je suis peut-être plus énervé que lui sur les instruments. On a des voix graves tous les deux. Et sur certaines intonations je peux parfois chanter comme lui. Mais c’est ma façon de chanter.


On retrouve aussi la famille Indochine, non ?
D.N. : Je ne renie absolument pas cette filiation ! Mais c’est aussi une histoire de génération. Au début d’Indochine, on a fait les premières parties de Taxi Girl. Et que se soit Daho, Darc ou moi, ados, on a du écouter la même chose, aller dans les mêmes endroits, les mêmes clubs… Même si Daho est rennais, il aimait bien les Stinky Toys ! On a tous écouté les New Orders, les Gun Clubs, New York Dolls, etc. On l’a digéré et on le ressort chacun à notre manière. Daniel Darc aurait pu aimer certain de « mes » textes. Et peut-être qu’Etienne Daho aimera : faudrait lui demander !

L’album est aujourd’hui prêt ?
D.N. : Les 13 titres sont terminés. Est-ce qu’on laissera les treize ? Je ne sais pas. Il y a un cover d’un chanteur français qui est en cours d’acceptation. Quoi qu’il en soit je la jouerais sur scène ! L’album sortira en septembre 2015, avec un EP au printemps. Les concerts se mettent en place. J’ai déjà le line up des musiciens. Le cahier des charges était simple : des gens pas prise de tête qui jouent bien. A la batterie, il y a Josselyn Moze (ex Vegastar, Empyr…), Van, la guitariste des Louves, Mélano Boy aux claviers et un autre guitariste Nicolas Bauguil qui a joué sur le dernier Emilie Simon et avec Justice.

Dominik Nicolas 2En studio, vous avez tout joué ?
D.N. :
Ce n’est pas très compliqué aujourd’hui de programmer une boîte à rythme ! Je le faisais déjà du temps d’Indo. Et puis c’est le projet d’une personne, pas d’un groupe. Je l’ai fait parce que j’arrive à jouer de tous les instruments. Pas forcément très bien, mais j’y arrive ! Je passe des heures à régler mes sons. Là où je passe le moins de temps, ce sont les guitares. Quelle que soit la 6 cordes, j’ai le même son : ça doit être la façon dont j’attaque les notes. Sur le disque, quelques guitares démos sont même restées.

Que s’est-t-il passé en 1994 pour que vous quittiez Indochine ?
D.N. :
C’est le lot malheureusement de beaucoup de groupes. Je suis resté de 1981 à 1994. Eux continuent, bravo ! Treize années ensemble, tous les jours… Il arrive de se disputer avec ses copains. Le rythme « tournées + albums » use énormément. Les dissensions arrivent, inévitables. Au fil du temps, on supporte moins les retards aux répétitions, ça créé des tensions qui ressortent le jour du concert quand on se loupe. Et ça vaut aussi pour moi ! Au final, ça a été une très belle histoire et je ne regrette rien. J’ai simplement claqué la porte et je suis parti vivre de nouvelles aventures. Finalement chacun a fait ce qu’il a voulu. De mon côté, j’ai fait plein de choses que je n’aurais plus l’énergie de réaliser quand je serais vieux.
En revanche, artistiquement, on s’est toujours bien entendu avec Nicola. Si on devait un jour retravailler ensemble ça matcherait sans problème ! Cependant aucun de nous deux n’en a envi. Bon, si ça se fait tant mieux !


Vous revoyez Nicola Sirkis ?
D.N. : Vingt ans après, on est toujours un peu en froid. On ne s’est revu qu’une seule fois dans des circonstances malheureuses, à l’enterrement de Stéphane.

Vous aimez ce qu’est devenu Indochine ?
D.N. : Je ne me permettrais pas de juger. C’est comme si je donnais mon avis sur un autre groupe. Après, c’est quand même un combo référence dans le paysage français. Il est toujours en activité avec un parcours respectable sur le fond. Après je ne suis pas fans de tout…

Indochine ne laisse pas indifférent. On aime ou on déteste. Ça a toujours été le cas ?
D.N. : Il y a toujours eu ce côté radical des fans : on aime ou on crache dessus. Je me souviens qu’à la sortie de notre premier concert au Rose Bonbon, trois fans nous attendaient déjà ! Ensuite, pour la tournée en première partie de Taxi Girl, on avait davantage de fans qu’eux, alors qu’à l’époque ils étaient vraiment plus connus que nous.

dominik nicolas indochineVous craignez que ça vous arrive à nouveau ?
D.N. : Non, je ne joue plus spécialement dans la même cour. J’espère simplement que les gens soient moins radicaux et qu’ils ne partent pas dans une guerre qui m’oppose à Indochine. Dénigrer le groupe sur mon mur Facebook me peinerait énormément. Je suis fier des 14 années passées avec eux. Je ne pense pas qu’Indochine ait envie qu’on rentre dans des guerres stériles. La base c’est la musique. Quand je prends ma voiture le matin et que je mets un album des Clash, ça m’envoie des bonnes ondes pour toute la journée. La musique c’est fait pour ça.

Vous parliez des Clash, quels sont vos coups de cœur, vos influences ?
D.N. : J’aime beaucoup Lou Reed, les Beatles, les Rolling Stones, des groupes électroniques comme les Kraftwerk. Côté contemporains et français, j’aime bien Moodoïd, c’est très original, on retrouve des influences indiennes, psyché… J’ai bien aimé Lescop et les 4 filles des Louves aussi. Je suis curieux, je suis souvent sur Youtube à la découverte de groupes non signés.


Alors, plutôt mp3 ou vinyle ?
D.N. : Je continue à acheter. J’aime bien posséder l’objet. On va d’ailleurs sortir l’EP en vinyle. On est attaché à ça. Le son du vinyle est chaud, même si techniquement il est peut-être moins bon que le numérique, mais c’est plus agréable à écouter. Et puis ça permet de mixer à l’ancienne et de retrouver les gens dans les magasins de disques. Côté visuel c’est quand même plus sympa. Maintenant, les pochettes se résument à des timbres poste sur iTunes. Le CD était déjà été réducteur, mais alors là !

Vous êtes nostalgique Dominik Nicolas ?
D.N. : Non, pas du tout. Cependant, les 80’s ont été des années glorieuses : on arrivait avec une petite démo, on se faisait signer, le disque sortait, on faisait 3 émissions dont « Les enfants du Rock », on partait en tournée, y’avait du monde et hop ! on rempilait. Aujourd’hui, même avec de belles prods, c’est super dur de se faire signer. Les gens n’achètent plus. Ils préfèrent des Nike à 150€ fabriquées par des gamins en Chine plutôt qu’un mp3 à 1€ qui permettrait de monter une tournée ! Au final, on fait un album pour vendre des t-shirts. C’est le monde à l’envers, mais la nouvelle donne est comme ça. Les mômes qui ont 15 / 20 ans ont digéré tout ça et ils sortent des prods d’un ordi avec un logiciel à 50€ qui défoncent. C’est devenu accessible donc beaucoup de musiciens s’y mettent et le niveau devient plus élevé. A l’époque j’ai du vendre ma voiture pour m’acheter mon premier synthé…
Le vrai problème, c’est que l’industrie n’a pas su appréhender le virage internet. Résultat : il y a de plus en plus de créateurs et personne n’est là pour les signer. A contrario, le 2.0 permet à des groupes non signés d’exister. Fauve est parti comme ça ! Le paradoxe, c’est qu’avec des moyens plus rapides, on met plus de temps pour éclore.

Propos recueillis par Lionel Gaillaud et Hervé Devallan



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