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Pascale Le Berre : « La production, c’est l’extension naturelle de la composition »

La réédition des 4 albums de Marc Seberg et de l’album éponyme Philippe Pascale s’avère l’occasion rêvée de prendre des nouvelles de celle qui occupait le poste de claviers au sein du groupe rennais.  C’est depuis Paris que  Pascale Le Berre a supervisé ce travail de remastering, une ville où elle exerce sa double passion : compositrice et productrice. Rencontre avec une femme de l’ombre qui n’hésite pas à se tourner vers la lumière.

Pourquoi ressortir les albums de Marc Seberg et le « Philippe Pascale » en 2017 ?
Pour moi, Marc Seberg appartenait définitivement à notre mémoire, individuelle ou collective. Et puis, il y a 3 ans en écoutant « Quelque chose, noir » au milieu de ma bibliothèque i Tunes, je me suis aperçu qu’il y avait une sacré perte de dynamique. Faisant toujours de la musique mon métier, je savais qu’on pouvait retravailler ça et remettre en perspective les petits détails qui étaient noyés dans la masse. L’autre élément déclencheur, c’est une suite de rencontres et de conversations passionnées. J’ai constaté qu’il y avait une vraie ferveur, pas seulement chez des gens de mon âge, mais aussi d’une nouvelle génération. J’ai constaté un vrai renouveau de la Cold Wave né d’une forme d’insatisfaction des courants majeurs de la musique d’aujourd’hui. C’est d’autant plus étrange, qu’à une époque, les années 80 étaient vu comme très superficielles et synthétiques ! Constater ce nouvel intérêt – et que des groupes se montent à nouveau en revendiquant cette filiation– J’ai trouvé ça fascinant et touchant.

Le duo Philippe Pascale n’a donné naissance qu’à un seul album, pourquoi ?
Après notre album et la tournée qui a suivi, Philippe a décidé d’arrêter d’écrire et donc de faire de la musique, l’un allant difficilement sans l’autre en ce qui le concerne. Je pense toujours que c’est le garçon le plus doué de sa génération et qu’il aurait pu rencontrer un public plus large. Il pensait avoir tout dit. Moi, je ne suis pas auteur, je ne pars pas de la page blanche. J’ai toujours eu des jouets, mes claviers, mes générateurs de son, mes nouveaux logiciels et donc le même plaisir à expérimenter. Aujourd’hui, je peux réaliser des compositions pour orchestre avec ma banque virtuelle par exemple. C’est un rêve d’enfant qui se réalise, sans être passée par le conservatoire et sans avoir besoin de productions apportant des budgets conséquents.

Après ce disque, vous poursuivez dans la musique ?
Je ne peux pas me passer de musique ! Après « Philippe Pascale », Alan Stivell est venu me chercher quand il a su que Philippe et moi faisions une pause musicale. J’ai adoré cette aventure. J’adore Alan. Adolescente, j’étais fan : enfin quelqu’un mettait de la guitare électrique dans la musique celtique ! Ayant produit un jeune artiste électro, étant moi-même dans cette direction avec par exemple un concert au Liberté pendant les Trans en 1998 avec Philippe, c’est tout naturellement qu’Alan Stivell m’a demandé de faire des arrangements, des séquences de musique électro et les claviers sur la tournée de son disque « Brian Boru » produit par Martin Meissonnier. Il avait besoin de quelqu’un qui embrasse à la fois la culture rock et la culture électro. J’ai travaillé à ses côtés pendant plus de 5 ans, en studio, sur l’album  « 1 douar » sorti en 1998, et sur scène avec des tournées un peu partout dans le monde.

Juste après, je suis partie à Los Angeles pour présenter des émissions tournées pour Canal Jimmy . J’adore ce pays. Je vais régulièrement aux Etats Unis depuis mes 16 ans, j’y ai des amis proches, je parle l’anglais couramment… Et c’est au cours de vacances en Californie que la productrice m’a fait cette proposition. Nous avons tourné 8 émissions de 40 minutes sur les avatars de la société californienne, en clair : tout ce qui pouvait paraître étranges pour des Français. On tournait dans les conditions du direct. Dans ma petite Ford Mustang, je partais à la rencontre des gens pour découvrir leurs expériences singulières. De retour en France, j’ai repris mes études de Science Po pour le plaisir et me suis ensuite installée à Paris avec en ligne de mire l’envie de changer de cap et de faire de la musique à l’image. Un ami m’a connectée avec l’équipe de Thalassa qui lançait un appel d’offre pour composer la musique originale de leur tour du monde en 40 épisodes. J’ai fait le pari d’un générique de musique orchestrale pour incarner l’épopée de ce navire géant sillonnant les océans, et c’est comme ça que j’ai fait mes premières armes pour la musique à l’image. Je suis ensuite devenue le binôme musical d’un réalisateur de superbes documentaires d’histoire politique contemporaine. En parallèle à cette activité de compositrice, j’ai remixé des titres pour l’album de Steve Hewitt, ex batteur de Placebo, mais aussi pour That Summer, etc. Et je mène maintenant une nouvelle expérience avec le groupe parisien Thesaintcyr.

Quel est ce groupe Thesaintcyr dont vous aimez tant parler ?
C’est tout simplement la relève. Un jour, en 2015,  je reçois un coup de fil de Sébastien Crépinior et Clément Bustelo qui m’invitent à leur émission Tohu-Bohu sur Radio VL pour parler des années 80, de Marc Seberg, etc, avec la ferveur qui les caractérise.  C’est là que je rencontre le chanteur de Thesaintcyr qui n’est autre que… Sébastien Crépinior. Il m’explique qu’il a un groupe, me donne des liens pour écouter leur musique et aimerait qu’on se revoie pour en parler sérieusement ensemble… Je découvre les morceaux, dont 4 m’ont touchée profondément. Mais, ce n’est pas le tout d’aimer des titres, il faut pouvoir se projeter et imaginer ce qu’on peut apporter à cette musique. Et tranquillement chez moi, ça m’a paru évident. Et puis, Sébastien possède une voix à la beauté unique. Pour moi, c’est une condition sine qua non. Il partait déjà avec un beau cadeau de la nature ! Et plus on avance, plus il en atteint la pleine maîtrise. Au cœur de ce groupe il y a également Flora Fischer qui forge la personnalité musicale du groupe avec ce talent, cette classe et cette sensibilité si particulière, que ce soit en tant que musicienne, (elle est bassiste et guitariste) ou comme co-compositrice. Et il y a bien sûr José Crépinior aux claviers, lui aussi très influencé par la Cold Wave.

Quel est votre rôle dans Thesaintcyr ?
Si je devais le résumer en un mot je parlerais de transmission. Je construis une identité sonore, à travers toutes les programmations de batterie, la majeure partie des claviers, les arrangements, les sons qui tissent l’atmosphère de chaque titre, etc. Mais je le fais dans le souci constant d’allier la puissance à l’émotion originelle. C’est l’objectif que je me suis fixé. On travaille dans cette confiance artistique réciproque. La quasi-totalité de l’album est déjà enregistrée. On va passer aux mix. On continue à répéter quand même, ne serait ce que pour préparer les concerts de la rentrée qui vont accompagner la sortie de l’album. Il y a des morceaux qui se rajoutent. Petit à petit, un titre chasse l’autre… C’est bien d’être dans cet état d’esprit, une espèce de mouvement perpétuel. Mon rôle de producteur est bien de les amener au-delà de leur zone de confort.  Ça demande à être un peu dur parfois, exigent. Mais cette exigence est récompensée.

Vous les accompagnez sur scène ?
De manière ponctuelle ça se fera sûrement, tout le monde en a envie. Pour leur tout premier concert au Petit Bain, je voulais être à la console pour m’assurer de la qualité du son et du mix en façade. J’essaye avant tout de les rapprocher de leurs rêves. Et effectivement, il y a des larmes de joie, souvent. Ça m’a rappelé, toutes proportions gardées, qu’avec John Leckie (Producteur de deux albums de Marc Seberg, ndlr), j’ai vécu des émotions similaires et c’est pourquoi je parle de transmission. Je lui en serai éternellement reconnaissante. Sur « Dans ses rêves », c’était magique. Pour lui, c’était le morceau de référence sur l’album « Lumières et Trahisons ». Pour l’enregistrement et pour les mix, on commençait toujours par ce titre qui donnait sa couleur au reste. Au moment du mix, quand on est arrivé en studio avec Philippe Pascal, John Leckie faisait un premier mix de « Dans ses rêves » et se tourne vers nous en nous demandant ce qu’on en pensait ? On lui répond que c’est bien (on ne pouvait pas dire le contraire !), mais que ce n’est pas exactement ce que nous souhaitions. Nous voulions quelque chose de plus ample, plus ouvert. Il a alors dit : « Hop, tout le monde dehors ! ». On file, même l’ingé son, Clive Martin – qui est d’ailleurs aujourd’hui mon binôme-ingé son sur l’album de Thesaintcyr ! Au bout de 3 heures, il vient nous chercher et ça sonnait comme dans nos rêves !

Donc, on ne voit plus Pascale Le Berre sur scène ?
Si, je mixe parfois ma musique sur scène avec mes films en projection. Je l’ai fait avec beaucoup de plaisir à La Machine du Moulin Rouge, au Palais de Tokyo, au Petit Bain. Le fait de tout générer toute seule de A à Z, c’est la liberté suprême, et puisque vous me le demandez, la notion de groupe ne me manque pas. En revanche, vous êtes obligé de tout savoir faire et le processus entier prend énormément de temps. Mais une partie du bonheur est constitué par le chemin lui même…

Comment en êtes vous venue à travailler l’image ?
L’envie de développer un univers sonore et visuel, de créer une sorte d’immersion totale m’a toujours fascinée. A la fois parce que je deviens un vecteur d’émotions qui laisse le champs libre à l’imagination et à la sensibilité de chacun, mais aussi parce que simplement s’exposer sur scène en train de jouer ou de mixer ne présente pas un grand intérêt à mes yeux.
Concrètement, ce travail sur mes propres images a commencé à s’organiser avec Xavier Ameller, un réalisateur également fervent de Marc Seberg, pour lequel j’avais composé les musiques de ses courts-métrages. Il m’a proposé de travailler ensemble sur mes propres films si j’envisageais de remonter sur scène et m’a vraiment complètement initiée à la réalisation. Il faut savoir traduire concrètement ses intentions, détailler le tournage des séquences, diriger, dérusher, monter etc…C’est pour ça que mon travail est assez lent ! (rire). Chaque nouvelle envie nécessite l’apprentissage de logiciels et de nouvelles techniques pour parvenir au résultat final. Actuellement, je suis en résidence alternée à l’Ensa, l’Ecole Nationale Supérieur d’Art de Bourges. Des étudiants suivent mon travail de création sonore et visuelle et contribueront à élaborer plusieurs systèmes de déclenchements interactifs. J’abandonne le format film de 4 à 6 minutes, (durée moyenne de mes morceaux) pour m’orienter vers des séquences que je pourrai manipuler en direct sur scène en les déclenchant alternativement par « tableaux » via plusieurs surfaces de contrôle ou directement en jouant sur mes claviers.

Et pour le son, le travail de production vous a tout de suite intéressé ?
Oui, pour un musicien, c’est l’extension naturelle de la composition. Vous ne pouvez pas composer un morceau si vous n’avez pas une idée de la façon dont il doit être produit. J’ai découvert réellement en quoi consiste ce travail du son sur l’album de Marc Seberg « Le chant des terres » avec Nick Patrick. Mais avec John, je deviens carrément fascinée : ses techniques de prises de son et de mix sont phénoménales. Il a vraiment bonifié le son du groupe.

Propos recueillis par Hervé Devallan

Site de Pascale Le Berre
Page Facebook de Thesaintcyr
A lire : l’interview de Philippe Pascal

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