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Ricky Hollywood : « Le principe de la musique, et de l’art en général, c’est qu’on a le droit de tout faire »

Derrière sa batterie ou devant un micro, Ricky Hollywood symbolise cet autre Montreuil : pop et bohème.  Le premier album solo de Stéphane Billity met en lumière une nouvelle scène qui n’hésite plus à revendiquer des influences « yéyé » et psychédéliques chères aux années 60. Un renouveau qui passe autant par l’écriture que par la musique et ne se contente pas de copier coller ses aînés.  Mais au fait, pourquoi Ricky Hollywood ?

Avant de savoir qui est Ricky Hollywood… Qui est Marie Baudet ?
C’est l’illustratrice qui a fait tous les visuels du disque. Je ne la connais pas très bien… Elle a un peu débarqué sans que je m’y attende, en m’envoyant un mail, alors que je réfléchissais au visuel du disque. Elle m’a dit que ça serait bien qu’il y ait une photo de moi, pour qu’on puisse m’identifier.
Autrement, elle est assistante de prod’ chez Eurosport depuis 10 ans ! Elle fait du dessin, de la peinture, des compiles, des mixtapes. Elle a un soundcloud super riche d’ailleurs. Elle avait envie de travailler avec des gens de la musique.
Pour la pochette, on s’est vu une fois pour discuter puis après par Skype. Elle m’a beaucoup aiguillé également sur des photos de presse, de lieux… Ça a été ma Directrice Artistique en quelque sorte. Elle aime la musique et moi ce qu’elle fait… C’est donc tout naturel que ça ait matché direct ! Je suis très content. En fait, ce disque devient autant un disque de musique que visuel. Là on est en train de faire un clip d’animation ensemble avec la même esthétique que la pochette. On prépare également l’affiche du concert, de la sortie du disque, etc. C’est une collaboration qui ne peut que continuer. Ce qui est bien c’est que tout le monde me demande qui est Marie Baudet. Les gens remarquent ! Elle, qui a tant envie de se réorienter vers la musique, elle a trouvé un starter.

Que cache le pseudo Ricky Hollywood ?
Ricky Hollywood était normalement un pseudo destiné à signer mon seul et unique scénario de bande dessinée. En fait, mon frère est dessinateur de BD et je voulais faire comme lui. Et puis un jour, j’ai fait une sorte de DJ set au Pop In. Et tous les copains de la BD m’ont appelé « DJ Ricky Hollywood » parce qu’ils se souvenaient que j’avais pris ce pseudo. C’était au moment où je commençais à faire des trucs avec mon ordi. Je me suis dit « ok, je vais garder ce pseudo là ».
Ricky Hollywood c’est quelque chose d’un peu surfait, un fantasme de l’idole américaine. J’ai des cousins américains… Je voulais être américain et pas français ! Au lycée, j’étais très seul, toujours dans ma musique. C’est un truc qui a nourri une étrangeté, un sentiment d’appartenance à quelque chose d’autre. Ça me rassurait de me dire que si j’étais aux Etats-Unis, on m’accepterait comme j’étais. Ricky Hollywood, c’est donc un fantasme, une grande blague qui renferme quelque chose d’assez profond en fin de compte.

Ça fait longtemps que tu fais de la musique, non ? Tu as commencé comment ?
Au départ, j’étais MC ! (Rires). J’étais dans un groupe de rap à Poitiers. J’écrivais des textes. On s’appelait Shock & Cie. Ensuite, mon père a ramené une batterie d’un de ses potes et j’ai commencé à m’ammuser dessus. J’avais 14 / 15 ans. Si j’étais resté à la campagne, j’aurais certainement fait des trucs plus live. Très vite, je me suis retrouvé dans une chambre universitaire. L’espace n’a fait que s’amoindrir avec le temps… Je suis toujours en coloc’ d’ailleurs… (rires). Du coup c’est de la musique de studio que je fais avec le fantasme de l’espace et du studio mais sans les moyens.

Tu es toujours batteur dans d’autres groupes ou pour d’autres artistes comme La Féline ?
Non, on a arrêté de travailler ensemble avec La Féline, en 2012. Je faisais parti du groupe, on était 3. Mais bon, La Féline, c’est Agnès. C’était beaucoup de négociations à 3. J’ai arrêté, tout en gardant des relations amicales, avant que ça ne soit trop tard. Parfois, le fait de se retirer peut déclencher un appel d’air.

Tu es pourtant sideman pour différents groupes ?
Oui. J’ai enchaîné sur Melody’s Echo Chamber, qui a été ma première vraie et grosse expérience de tournée, par rapport à ce que j’avais fait. Et puis j’ai continué en parallèle vu que je me suis mis dans un système de musicien intermittent. J’ai aussi accompagné des amis à droite à gauche. En ce moment je joue avec un membre de Melody’s. Il y a aussi Juliette Armanet que j’accompagne sur scène.

Avec tous ces projets, comment vas-tu faire pour défendre l’album sur scène ?
La question se pose à court terme. Tant que les échéances ne m’obligent pas à faire des choix, je ne fais pas les choix. Ricky Hollywood est un projet qui s’étend sur toute une vie. Mais évidemment, si à un moment donné, j’ai un petit book up avec un beau festival par exemple parce qu’on me dit que ça plaît ou que ça marche… J’envisagerai un plan B, c’est jouable. De toute façon, on est obligé de multiplier les projets si on veut en vivre de la musique. Tout le monde possède des remplaçants pour pouvoir se consacrer à son projet solo.

Admettons qu’on revienne dans les années où la musique rapportait de l’argent. Si tu avais le choix de ne défendre qu’un seul projet, se serait lequel ?
J’aime jouer pour d’autres gens. Ça nourrit beaucoup ce que je fais. Cela me fait travailler la batterie, car autrement vu l’espace que j’ai, ça ne serait pas trop le cas. Pour moi, faire des concerts, c’est continuer à faire de la batterie. Et si en plus, je peux le faire avec des groupes qui me plaisent… Je me suis donné cette exigence là, de ne faire que des choses qui me plaisent.

« Le Modeste Album » est-il vraiment ton premier album ?
Si, c’est quand même le premier album. Le premier truc à être sorti c’est un EP en 2013. Ensuite, il y a une compile de démos, faite sur mon ordi, pendant les années 2000. Je m’étais toujours dit que je les réenregistrerai en studio, mais en fait non. Le morceau « Tu adores cette chanson » vient de là. Après, il y a eu un autre EP qui est à part, « Les dix-iples ». C’est une commande artistique d’un centre d’art et lieu culturel, qui m’a mis en relation avec des musiciens amateurs du coin. C’était dans une maison, filmé, et on avait 5 jours pour faire un disque. Il y a donc trois sorties officielles avant « Le Modeste Album », mais pas d’album !

Vraiment modeste, « Le Modeste Album » ? On y croise l’ex Oui Oui Nicolas Dufournet, Tahiti 80… Pas si modeste !
Si, ça l’est, dans le sens où c’est gracieux et un peu à l’arrache. J’ai fait une journée par ci par là, j’ai fait des trucs dans ma chambre. Le tout sur trois ou quatre ans. « Le Modeste Album » c’est aussi  une boutade, comme Ricky Hollywood. C’est modeste et pas modeste, c’est-à-dire que déjà, s’autoproclamer modeste, c’est le comble (rires) ! Cet album est modeste par les moyens qui ont été mis. C’est un disque fait avec des amis. Le studio de Oui Oui c’est : « Viens enregistrer, je te file le studio une journée et tu fais ce que tu veux ». Le mixeur, Yann Arnaud, n’a travaillé pour moi que par pure dévotion. J’essaye de trouver l’argent a posteriori. J’autoproduis donc c’est compliqué. Et « Le Modeste » c’est aussi parce que je comptais vraiment faire de ce premier album un chef d’œuvre. Et puis après, j’ai abandonné. Ce n’est qu’un album après tout (rires).

La chanson « Le musicien », est-ce du vécu ou la frustration du batteur ?
Une chose est sûre, le batteur, ce n’est pas le bon plan ! C’est celui qui a le plus à ranger après un concert car il faut tout débarrasser très vite pour mettre dans le camion. Après tu arrives et il n’y a plus personne, tout le monde s’est barré (rires) ! Cette chanson vient de ce genre d’expérience de « loose ». Globalement, il y a tout un fantasme autour de la musique et des musiciens. Sur scène, t’es le Christ ! Mais en fait, t’es rien, t’es juste un type qui gagne par un rond. Tout ça, c’est une histoire de vieilles références de rock star que j’ai encore en moi mais qui n’existe plus. Je ne sais même pas si ça a d’ailleurs déjà existé. Je joue avec ce genre de clichés. En réalité, il y a beaucoup de stress et d’angoisse. Je fais beaucoup de scènes, et je peux te dire que tout le monde est alcoolique. Il y a un grand malheur là-dedans ! On noie le stress. On attend une sorte de retour qui n’arrive pas toujours. Il faut donc réussir à se dire que ce n’est pas grave, et que ce n’est pas pour ça qu’on le fait. Dans la musique, il y a une notion de sacrifice. Avant on pouvait quantifier le retour en terme d’argent et de disques. Maintenant qu’il n’y a plus tellement d’argent, t’es content lorsque tu as entre 3 000 et 10 000 écoutes sur ton Soundcloud. Et ça ne rapporte rien. Les temps ont changé. Je suis à cheval entre les deux.

Est-ce la fin du musicien professionnel ?
Sur scène, il y a un tel degré d’exigence qui fait qu’on a quand même besoin de musiciens professionnels. Pour le studio, c’est moins sûr. Tu peux être artisan et faire un disque, ça passe. En revanche, si tu es mauvais sur scène… C’est impossible !

Parlons des deux duos de l’album avec La Féline et Bertrand Burgalat : pourquoi eux et pourquoi ces titres ?
Pour La Féline, ça s’est fait comme ça. Elle est passée à la maison me voir, je lui ai tendu le micro en lui disant : « tiens, j’ai cette partie là à faire, tu ne veux pas la chanter ? ». Quelque chose comme ça ! Rien n’était prémédité en tout cas. On a écrit les paroles tout de suite, sur le moment.

Le morceau lui ressemble ?
Oui, il y a quelque chose de réflexif, un peu intello, qui lui ressemble je trouve. Elle est agrégée en philosophie. Ce n’est pas forcément palpable sur son disque, même si je trouve ça très bien écrit. J’aimerais qu’elle explore plus ça, qu’elle fasse moins de distinction entre les deux personnages, qu’elle assume. Mais on le sent quand même dans tout ce qu’elle écrit avec le côté mythologique. Donc oui, cette chanson lui va bien, dans le sens aussi où elle se regarde elle-même, comme tous les musiciens et musiciennes qui ont ce problème d’image. Il faut sans cesse savoir ce qu’on doit maitriser ou non, dans quelle mesure on déçoit… C’est quelque chose qui la concerne, elle, moi, tout le monde. Mais les filles plus particulièrement. On leur demande d’être à la fois une icône de mode et de musique. Elles ont le double de pression : il faut gérer l’artistique et l’image. Il faut qu’elles soient parfaites. Les garçons ont encore un peu ce droit d’être crado, en mode « rien à foutre ». Leur image ne passe par forcément par la beauté.

Et la rencontre avec Bertrand Burgalat ?
Bertrand Burgalat est quelqu’un que je suis depuis toujours, depuis Tricatel. Je lui avais envoyé mes morceaux depuis des années. Et il me disait : « Un jour, on fera un truc ensemble ». Je lui ai répondu que ça pouvait être ça. Il a accepté. On a fait ça ensemble, en se rencontrant. Mais on se connait peu finalement. J’avais fait une première partie d’un de ses concerts. On avait discuté à cette occasion. Sinon on s’est surtout parlé par mail. J’apprécie beaucoup ce qu’il fait, en tant que producteur.

Tu parlais de Poitiers tout à l’heure. Tu es originaire de cette région ?
Non, mais j’y ai vécu longtemps, pendant 10 ans. C’était les années collèges et lycées. Je suis parti à la fac de Pau après. Mon père y est encore. Je suis né aux Lilas en fait. Mes parents ont beaucoup déménagé. Mes premières expériences musicales sont à Poitiers.

Tu parlais du rap quand tu étais jeune. Quelles sont tes influences musicales ?
J’écoutais essentiellement les trucs de mon père, au départ. Il est mélomane. Il écoutait beaucoup de choses : les Beatles par exemple, mais aussi du jazz-rock comme The Soft Machine. Il aime la musique un peu compliquée qui prend ses influences dans le jazz et le rock. Beaucoup de pop aussi comme Suzanne Vega.

Ton adolescence a été bercée par la musique de ton père ?
J’ai continué à écouter ce qu’écoutait mon père parce qu’il mettait de la musique tout le temps. Il nous réveillait en musique avec Emerson, Lake & Palmer. J’ai beaucoup écouté Yes aussi, c’est le premier disque vinyle qui m’ait appartenu. Je n’écoutais pas beaucoup de choses en français. Je me suis fait un peu ma culture française avec le hip-hop et le rap. J’écoutais à la fois du rap américain et français des années 90. J’étais à fond là-dedans ! Et puis, progressivement, je suis allé vers la musique afro-américaine, le jazz-funk. Peu de choses à proprement parler rock.

La Souterraine, Bonzai, … C’est un réseau qui te soutient. Tu fais parti de cette nouvelle scène parisienne, voire française ?
C’est juste par la force des choses, c’est normal. Il se trouve que La Souterraine incarne cela. Le mouvement était déjà là. Il y a des choses un peu plus obscures comme Les Disques Bien, qui avait déjà ce genre de démarche à Paris. C’est un label coopératif basé à Montreuil. Il réunissait des gens comme Flôp, Emmanuel Bardin… Des choses un peu obscures comme cela.

C’est l’arrivée d’un renouveau musical, une sorte de french pop en français ?
Il y a un truc de décomplexion qui se passe, où effectivement, le territoire abandonné du français non littéraire et non poétisé – simplement la langue écrite de manière spontanée – est réapproprié par les musiciens qui chantaient en anglais parce qu’ils ne savaient pas trop comment faire autrement. Ils avaient une passion qu’ils ne savaient pas exprimer. Le principe de la musique, et de l’art en général, c’est qu’on a le droit de tout faire. Il y a donc une reconquête après le standard de l’anglais. Ce qui serait cool, ça serait que chacun se dise : « on fait comme on veut » . Aujourd’hui, tu veux dire un truc, ça dépasse les pieds, ça ne rime pas… mais on s’en fout. Les contours de la musique s’adaptent à cela et deviennent protéiformes.

Les racines de cette liberté, on les retrouve où ? Chez Gainsbourg ?
Oui, chez Gainsbourg, Katerine. Ce ne sont pas des influences hyper classiques mais un peu bizarres. A posteriori, je pourrais te citer Michel Polnareff. Par exemple, je trouve que Dutronc, c’est musicalement un peu coincé. Pour moi, ce sont les gens qui symphonisent un peu leurs morceaux comme Christophe ou Françoise Hardy. J’aime beaucoup la période des yéyés en fait. C’est un style très riche, bien écrit, avec des textes géniaux. Dans ces années là, avec ce côté pré-psychédélique, il y a beaucoup d’imagination musicalement parlant. Je pense par exemple aux compilations Wizz de Born Bad, où l’on retrouve de la french psyché, avec beaucoup de liberté.

As-tu le sentiment, aujourd’hui, de ne pas être le seul dans cette démarche, qu’un mouvement porte cela ?
J’aime cultiver ma singularité. J’ai envie de me dire que je suis seul, unique, dans ma démarche. Mais ce qui est sûr, c’est que je rencontre plein de gens qui font des trucs comme je le faisais, en mettant beaucoup de sons sur Soundcloud, en créant des collections. Ces gens sont presque plus jeunes que moi – parfois, on a même 10 ans d’écart – et sont dans une démarche de réappropriation de naïveté. Aujourd’hui, on ne découvre pas la guitare électrique par exemple ! On ne découvre plus rien en termes de musique. Mais bon, je ne saurais pas dire si ces gens que j’écoute ont des influences yéyés. Ont-ils beaucoup écouté France Gall ? Je ne sais pas ! Le fait aussi qu’il y ait des compilations qui réhabilitent ce genre régulièrement ravive la mémoire collective, qu’on se transmet.

Les Inrocks parle de toi comme le « Katerine sous poppers », « du Jonathan Richman enregistré à Parly 2 » ou « la complainte de Houellebecq paumé en karaoké ». Flatteur ou pas ?
« Katerine sous poppers » c’est une punchline ! Quant à Jonathan Richman, je n’ai jamais beaucoup écouté, je trouve ça chouette ! « Enregistré à Parly 2 », est-ce que c’est pour le côté banlieusard ? Je ne sais pas. Pour Houellebecq, c’est comme pour Katerine. Ce sont des influences appréciables, je n’ai pas de souci avec cela. Je ne me pose pas la question de si cela est flatteur ou non. C’est écrit, point. On est obligé de ranger les gens à côté d’autres gens pour faire des associations d’idées. C’est un trip de journaliste pour permettre à des gens d’accéder à la même musique. Du coup oui, je trouve ça flatteur ! Si cela peut amener des gens à m’écouter et à s’intéresser à ce que je fais… Je suis preneur car ça ne sera pas les mauvaises personnes. Si c’était les mauvaises références, ça m’emmerderait.

Propos recueillis par Hervé Devallan
Chronique du « Modeste album« .

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