Dans Pressing, Philippe d’Anière nargue la morale soporifique de notre époque. Ses confessions politiquement incorrectes sont loin de l’autobiographie consensuelle. Proxénétisme. Sexe. Violence. Drogues. Trafics divers. Prison. Argent. Beaucoup d’argent. On est plus proche des Incorruptibles que de la confession rébarbative d’un Rolling Stone.
Un récit cru pour une vérité nue
Philippe d’Anière raconte la vie d’un petit lyonnais à la conquête du monde. Carnet de bord d’un rockeur qui aurait pu être bijoutier, voyou, proxénète, magouilleur du textile, et tenir tant d’autres rôles qu’il a réellement endossés après avoir quitté Starshooter. Le chemin est jonché d’amitiés, de trahisons, de prostituées glorieuses et de malfrats cupides. La seule morale côté d’Anière étant la parole donnée, à condition qu’en face existe la même probité. Sinon pas de pitié. On se laisse happer par le récit. L’auteur parle cru. Sans langue de bois. Raconte comment il est devenu riche, puis pauvre, puis riche à nouveau ; comment il fut libre puis emprisonné dans les geôles américaines avant de recouvrir sa liberté ; comment il a créé un buisines fort rémunérateur dans le textile malgré une concurrence mafieuse ; comment les armes, la cocaïne et les grosses cylindrées furent ses compagnes de vie ; mais aussi comment la femme qu’il aimait s’est suicidée… Une aventure écrite à la mitrailleuse. Le rythme de lecture imposé par un style impérieux est une des forces du livre. En résulte un mouvement général proche du pogo littéraire où l’amour croise la haine sans s’y opposer… Où l’inconséquence répond à la raison… La folie à la sagesse… La solitude et la morale y trouvent également leur compte… Un récit cru pour une vérité nue.
Un livre à contre-époque
Pressing c’est aussi un merveilleux pied de nez à l’édiction française puisque tous les éditeurs à qui le manuscrit fut proposé l’ont refusé. Pourquoi ? « Pas mon problème. Mais le leur. », répond Philippe d’Anière dans une ultime posture punk. Il a bien raison ! Le texte publié chez Amazon à compte d’auteur a vendu en un mois davantage que toutes les prévisions germanopratines savamment calculées sur Excel en fonction de « la surface promotionnelle de l’auteur ». No future pour l’édition française.
Tous les machos. Les vrais. Tous les tatoués. Les durs. Les musclés. Les furieux d’aventure. Épicuriens et jouisseurs. Les furibonds de la chose. Mais aussi ceux qui rêvent d’une existence hors norme sans jamais avoir osé la vivre. Tous ont enfin leur auteur qui, à force d’ironies et d’insolences, témoigne sur plus de 300 pages de ce qu’est un réel aventurier. Ce ne sont pas les mémoires d’un rockeur, plutôt celles d’un fonceur qui bat la vie comme d’autres la campagne. Lisez Pressing. Un livre à contre-époque dont on en ressort ragaillardi. Hasta la vista Babeeeee… !
Jérôme Enez-Vriad
Pressing – Une autobiographie de Philippe d’Anière, environ 300 pages (le livre n’est pas folioté) – 19,80€
En vente sur Amazon.fr et dans quelques librairies choisies dont Gibert Jeune Saint-Michel

