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Disparition d’une gueule doublée d’un talent rare : Euston Jones

Euston Jones est parti ce mercredi 11 janvier, il venait de fêter ses 55 ans le 4 novembre dernier. Le plus parisien des chanteurs anglais avait été repéré par Etienne Daho qui convainc Fabrice Nataf de lui donner sa chance. Il sait que ce type est une perle brute. Hommage de Christian Eudeline.

Son nom ne dira sans doute pas grand chose, même aux amateurs les plus pointus de rock made in France, pourtant sur son unique album Hand Of A Lover, paru juste avant l‘été 1989 l’on découvre une voix couleur spleen, fragile et solide.

Euston Jones était un anglais monté à Paris, le rêve d’Ernest Hemingway. Une belle gueule qui savait parfaitement incarner la moue boudeuse de Marlon Brando était si antinomique avec le music business qu’il passa à côté d’une carrière. Mais d’une gentillesse infinie, tous étaient sous son charme.

Heureusement, il reste un disque exaltant qui explose de mille lumières mélancoliques. Un disque français parce qu’enregistré au studio Garage (Bernard Natier) et sur lequel jouent Jil Caplan, Christine Lidon et les Innocents. Sans oublier Manu Chao dont le jeu de guitare est pourtant identifiable mais non crédité. Notons aussi la présence de quelques jazzmen fameux tels Jean-Paul Céléa (bassiste) et François Couturier (piano). Invisible sur la toile, personne n’a jamais pensé à le downloader sur YouTube, il n’y a que le single à se mettre sous la dent, ce « Cork Porkin’ » aussi incroyable que flamboyant façon Brian Setzer. Du rockabilly de crooner, qui jamais ne s’énerve.

Euston Jones est parti ce mercredi 11 janvier, il venait de fêter ses 55 ans le 4 novembre dernier. De son vrai nom Kevin Leadbetter, il naquit à Bristol et grandit là-bas. Sa première passion fut le football, doué, il fut repéré et titulaire de l’équipe d’Angleterre junior, avant de passer trop de temps à écouter et jouer de la musique. Les deux n’étaient pas compatibles.

En 1979, il fait ses premières armes musicales juste après l’explosion punk, dans un groupe aux consonances new-wave, Joe Public. Des bandes sont disponibles via le site www.bristolarchiverecords.com, mais hélas jamais aucun disque ne sortit à l’époque. Sans doute déjà trop de concurrence, Kevin chantait, mais cette première histoire ne dura pas longtemps. Bientôt Rob March et Sean McClusky s’en iront jouer avec Bernie Rhodes de Subway Sect, qui se transformera en JoBoxers. Leur album de 1983, Like Gangbusters, connut un certain succès.

Kevin Leadbetter préféra se consacrer à ses premières compositions, il travaille son art (guitare, piano et voix), jusqu’au jour où des amis l’appellent pour tenter une nouvelle aventure. Kevin ne peut résister à la proposition de INC composé de trois futurs Sham 69, Dave Parsons (guitare), Rick Goldstein (guitare) et Andy Prince (basse). Ils n’auront pas le temps d’enregistrer autre chose que des maquettes, l’aventure Sham 69 faisant appel à eux.

 

Kevin se concentre sur sa carrière solo, s’installe à Paris et signe avec Virgin (Emmanuel de Buretel, Frédéric Rebet et Jacques Wolfsohn seront dans la boucle) pour un flamboyant premier album donc. C’est Etienne Daho qui convainc Fabrice Nataf de lui donner sa chance, il sait que ce type est une perle brute. Une gueule doublée d’un talent rare. Chroniqué dans la presse spécialisée, il est un mix de rockabilly calme et de sérénade façon Chris Isaak. Les chansons sont magnifiques, même si souvent tristes. Kevin apparaît alors en première partie d’Alain Souchon au théâtre des Champs-Elysées. Dessus, 14 titres dont deux reprises, de Ray Charles (« You Don’t Know Me ») et Roy Orbison (« In Dreams ») mais surtout des originaux, dont un duo avec Jil Caplan en hommage à Frank Sinatra pas encore décédé à cette époque « Now That Frank Has Gone ».

Jean-Eric Perrin dans Best y va de ses dithyrambes : « Baladin fragile pourvoyeur de refrains précieux fleuris de romantisme à la boutonnière… Vibrant hommage à un style cabaret américain, intime et dépouillé… Un disque qui va à l’essentiel, une voix et des chansons. » (Best n°252)

Mauvais timing ? Le disque passe largement inaperçu, mais Kev’ qui habite à Paris repère une chanteuse de rue, Madeleine Peyroux. Subjugués par son talent, et grâce à son intervention, son amie Sara-Jane propose à la demoiselle d’ouvrir pour Maxime Le Forestier. Madeleine sera signée sur Atlantic et vendra 200.000 copies de son premier disque Dreamland. Elle y chante un morceau signé Euston Jones « A Prayer » qu’elle adore, et ne sera pas la seule à succomber sous le charme de ses chansons.

Kevin place quelques chansons ici et là, tel ce « Ruby » offert à Camille (album Le Sac Des Filles) ou ce « If Only » enregistré par (Datafolk).

Darkel (alias Jean-Benoît Dunckel la moitié de Air) lui en prend carrément quatre (certaines co-signées) sur son premier opus solo Darkel de septembre 2006 : « Be My Friend », « At The End Of The Sky », « My Own Sun » et « How Brave You Are ».

En parallèle, sort enfin un deuxième album, hélas sur un tout petit label intitulé Songs For Sale, toujours sous le nom d’Euston Jones. Kevin approche l’une des idoles absolues, Hogy Carmichael, qu’il m’a personnellement fait découvrir.

Kevin autoproduisait quelques CD, l’un de ses derniers s’appelait Crooner By Nature Rocker At Heart, et rêvait de monter une comédie musicale basée sur le mythe de Frankie and Johnny, la chanson d’Elvis. Le scénario et les chansons sont écrites, il me les a filé, car savait que je les garderai plus précieusement que lui. Il y avait dans son perpétuel flirt avec la mort, une prémonition de ses proches, l’homme serait forcément redécouvert après sa mort. Les chansons qu’il allait laisser continueraient leur chemin… Qu’ils soient entendus, et que cette comédie musicale soit montée un jour serait justice.

Sur l’album Raretés de Marie France la chanson « Bonsoir » est signée Euston Jones, une belle façon de tirer sa révérence. Mes pensées vont aujourd’hui à ses parents et ses frères et ses nombreux amis de Paris, Londres et Bristol. Sans oublier Brighton où il s’est éteint.

Christian Eudeline

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