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Matmatah : « On est un groupe concerné davantage qu’engagé »


Avant leur concert du 2 mars à l’Olympia, Rock made in France a rencontré Tristan, Eric et Manu, l’impétrant marseillais. Si la salle affiche complet depuis des mois, leur disque a également tout le potentiel pour surfer sur des sommets qu’ils avaient quitté il y a 8 ans déjà. « Plates coutures » possède les ingrédients scéniques d’un rock efficace et engagé. En revanche, les clins d’œil à la Bretagne celtisante sont loin derrière. Même le titre « Les moutons » réclamé à corps et à cris par les fans lors de leur concert n’a pas trouvé grâce. Le goulet de Brest s’en remettra. Matmatah aussi. Interview.

Pourquoi avoir arrêté et pourquoi avoir repris Matmatah ?
Tristan : Pourquoi avoir arrêté : parce que ; pourquoi avoir repris : pourquoi pas.

On arrête parce qu’on est fatigué ? Qu’on ne s’entend plus ?
Tristan : Nous étions arrivés au bout d’une histoire Il y avait des divergences musicales et humaines dans le groupe, donc plutôt que de tirer sur la ficelle, commencer à faire semblant entre nous et avec le public… Le rythme des tournés étaient devenues trop frénétique. Arrêter nous a permis de vivre des choses normales.
Eric: Effectivement, la décision a été prise par l’ensemble des protagonistes de l’époque, même si j’avais quelques questions plus perso et, avec le recule, une façon différente de voir les choses. C’est vrai qu’on ne voulait pas mentir aux gens : on ne voulait tout simplement plus continuer. On n’avait même pas le temps de bien se nourrir ! En revanche, ce qui je n’ai pas aimé, c’est l’écho qu’a pris notre séparation. Cela à tout de suite été transformé en séparation définitive alors qu’on ne s’était absolument pas prononcé là dessus…

Matmatah était en pause ?
Eric : A l’époque, je me suis heurté à un mur, il n’y avait aucune discussion possible. Je demandais pourquoi à Stan et il me répondait « parce que c’est comme ça… Ensuite on s’est tout simplement dit :  « Voyons si on a encore envie de passer du temps ensemble, de faire des choses de créer des choses ». Ensuite, tout s’est enchainé de manière naturelle.

Des retrouvailles que l’on peut situer avant le best-of ?
Tristan : Le best-of est sorti en septembre 2015, ça faisait pas mal de temps qu’on bossait dessus c’était un travail d’archéologie auquel on a ajouté deux morceaux qu’on avait crée avec Benoit le batteur et Manu.
Manu : On se connaissait avec Tristan, j’ai travaillé sur son album solo…
Tristan : On a retrouvé nos automatismes avec l’impression que la dernière répétition datait de la semaine dernière. On n’a pas boudé notre plaisir, donc c’est à partir de là qu’on a discuté un peu plus sérieusement.

Donc Eric, c’est à ce moment là que tu as eu la réponse à ta question ?
Eric : Oui… Mais bon voilà c’est aussi là qu’on a compris qu’on était en désaccord à l’époque …
Tristan : Et qu’on le sera toujours !
Eric : J’ai accordé un grand crédit à son explication à partir du moment où il à su mettre les bons mots sur notre désaccord….

C’était un désaccord musical ?
Eric : Non j’avais une vision romantique de Matmatah, de ce que devait être un groupe, le groupe de ta vie : être avec les mêmes bonhommes, vivre et partager l’aventure ensemble. Mais ça n’a plus été le cas à partir de 2001 ou Benoit notre batteur est arrivé. A côté de cette vision romantique, j’ai accepté que la carrière d’un groupe soit aussi un répertoire, une signature, un état d’esprit. A partir de là, qu’est ce qui nous empêchait d’appuyer de nouveau sur play et de refaire des trucs ensemble. .

Et donc passer d’un groupe d’ados à une formation adulte ?
Tristan : Non, je ne pense pas, ça s’est fait sur une bonne décennie. C’est vrai, Matmatah c’est un peu notre premier vrai groupe et évidemment quand on l’a lancé au début on se prenait pour les Beatles ou pour les Stones, comme tous les groupes en fait. Enfin nous, on était plus Beatles

Des Beatles qui n’existent plus. De votre côté, vous devez inventer la reformation !
Tristan : Oui, quand les Beatles se sont arrêtés, ils se sont vraiment arrêtés. Ils ont aussi affronté cette part de romantisme. Bon, tous les groupes ne fonctionnent pas comme ça d’ailleurs, c’est le cas des Stones. Donc on a un nouveau batteur depuis 2002, c’est un peu comme Ron Wood qui est le nouveau guitariste des Stones depuis plus de 40 ans…
On ne voulait pas remonter sur scène et faire un hommage à nous même en ne jouant que des vieilleries… On était tous d’accord pour refaire un album, même si on a une réputation de groupe de scène. Ce qui nous intéresse avant tout c’est d’écrire des chansons On a d’abord annoncé un retour sur scène et ont gardé pour nous le fait qu’on enregistrait un nouvel album. C’était d’ailleurs un peu fatiguant de mentir à tout le monde pendant pas mal de temps…

L’Olympia du 2 mars a été complet rapidement ?
Tristan ; En quelques jours ce qui n’était jamais arrivé ! Il y vraiment un truc qui s’est passé. Et puis l’album qu’on a annoncé en décembre… Annoncer des dates c’est pas très compliqué, alors que faire un album c’est quand même une autre paire de manche.

Ou l’album a été enregistré ?
Tristan : Il a été enregistré en Angleterre en aout 2016 et mixé à Bruxelles.

En combien de temps ?
Tristan : Bah… c’est un peu dur en 2017 de répondre à cette question, maintenant il y’a des technologies qui permettent de faire ça plus vite. Là on à fait ça en 18 jours.

Pourquoi avoir choisi l’Angleterre ?
Tristan : C’est simple : on savait qu’on allait enregistrer en août et nos métabolismes ne nous permettent pas de faire ça quand il fait chaud donc on a tout de suite pensé à faire ça dans le Nord. On avait même pensé au début à la Norvège donc… On est parti dans le Yorkshire-et-Humber à coté de Leeds et il faisait 20 degrés c’était parfait… Enfin 20 degrés c’était le max. Même notre guitariste d’origine Marseillaise était content !

Justement Emmanuel Baroux, tu as intégré Matmatah au moment du Best of ?
Manu : Depuis le moment ou ils me l’ont proposé, à peu près à cette période donc… On s’est revu l’ors des inédits… Dans une certaine mesure, ils avaient déjà l’idée – ou pas – de me prendre, mais ça s’est bien passé, ils avaient besoin de moi pour enregistrer des guitares avec une patte un peu différente avec des leads etc.
Scholl (Benoît Fournier, ndlr) je le connaissais déjà parce qu’il avait participé à l’album solo de Tristan, Eric je le connaissais simplement de vu. Quand à Tristan, j’ai participé à son album et on a enchaîné sur les 20-30 dates de la tournée Accompagner un chanteur ça peut prendre plusieurs tournures… Là ça s’est avéré être assez Rock and Roll …
Tristan: C’est pas simplement de ma faute
Manu : Et pas entièrement de la mienne non-plus…
Tristan: Bah une tournée sans rabat-joie ça peut vite donner des trucs bizarres !

Manu, quel a été ton parcours avant Matmatah ?
Manu : Bah au départ moi, j’étais ministre des affaires étrangères ! Nan, j’ai joué avec pas mal de chanteur comme Axel Bauer, mais aussi avec Aston Villa  Voilà donc du coup on est de la même génération, l’idée c’est qu’on s’entende bien et qu’on s’engueule bien aussi…
Tristan: Il met souvent le « ON » à la place du « JE » Toi tu sais t’engueuler.
Manu : Mais au delà de l’âge c’est aussi des gens avec qui j’ai senti une affinité musicale et je me doute bien qu’on n’allait pas faire n’importe quoi.

Parlons de l’album et de son titre  «  Plates coutures ». Où sont les jeux de mots ?
Tristan : C’est davantage de la vocation, la sonorité nous plaisait, mais c’est aussi paradoxale dans cette expression il y’a le mot « plat » mais « plat de couture » se faire battre à part de couture…   il y a une  certaine violence sous-jacente là dedans…

Un peu pessimiste cette notion de se faire battre à plat de couture…
Tristan : On peut battre à plat de couture ! C’est une sorte d’image de notre civilisation qui se bat contre elle même. Alors est ce que c’est pessimiste je ne sais pas ?… Au départ, je voulais écrire une chanson qui s’appelait « plates-coutures », parfois on a d’abord le nom de la chanson avant la chanson elle même. L’expression est restée, pas la chanson ; au moment de chercher le nom de l’album c’est revenu. « Plates coutures » c’est assez persuasif et rugueux.
Manu : Et puis on est d’une génération où le nom de l’album veut dire quelque chose… les chansons existent par elles mêmes à partir du moment où elles sont livrés aux gens et prennent une deuxième tournure sur scène.  On aimait bien imaginer les gens dire « tiens tu me passes le plat de couture » etc. C’est assez élégant.

Qui compose dans Matmatah ?
Tristan : Tout le monde. En revanche, les textes, c’est surtout moi.
Manu : Certaines chansons sont amenées par une seul personne, d’autres naissent d’un échange à deux ou trois. La technologie permet de se passer des sons et de les travailler chacun de son coté…  On a essayé en studio, en électrique, en acoustique et dans le lot il y’a des chansons qui émergent ou pas, qui sont mis de coté ou qui sont enregistrés mais simplement pas retenues sur l’album. Quand on est attaché à l’album on est aussi attaché à l’ordre des morceaux et quand on ne parvient pas à trouver une place pour un titre c’est peut-être que la chanson en correspond pas à l’album, c’est d’ailleurs arrivé là.

Les chansons écartées sont quand même jouées sur scène ?
Tristan : Non enfin ça dépend mais souvent c’est le texte qui ne va pas donc non.

Puisque l’ordre des titres est important, la première attaque fort ! « Nous y sommes » est un bilan politique et écologique ?
Tristan : Oui… enfin pour nous ce n’est pas vraiment un parti pris non-plus c’est même cynique. « je dédouane l’humanité de tous ses méfaits »… C’est plus un bilan sur la civilisation. Je ne veux pas trop commenter les morceaux… si on vient à en parler c’est qu’ils ne sont pas terminés…

II y a quand même un certain engagement ? Matmatah, ce n’est pas que des chansons d’amour, non ?
Tristan : Oui… Mais la notion d’engagement je n’aime pas trop. Je ne sais pas ce que ça veut dire… Un artiste est par définition engagé. Là quand on parle de politique, ce n’est pas un engament politique…

C’est avoir un avis sur la société, être citoyen…
Tristan : Oui c’est ça je dirais plus concerné que engagé. Citoyen je ne sais pas ça implique d’autres notions, mais oui être concerné par la société à un instant T.
Manu : Oui c’est très juste, quand on se retrouve tous dans la même pièce et il se trouve que par hasard on est un groupe de Rock, on se dit tiens qu’elle est l’humeur du moment ? Boom, tu allumes la TV… et il se passe des choses.

L’album ayant été enregistré en août, vous faites référence à quoi ? Une réalité qui dépasse la fiction ?
Tristan : ça peut être le cas. Il faut toujours être vigilant avec ce genre de texte, on peut très vite être démago ou moralisateur et on n’est pas là pour ça, moi j’aime bien me documenter ; il faut être précis avec les termes. On n’est pas là non-plus pour uniquement divertir. Et on n’est pas la pour sauver le monde non plus. Ceci dit l’entertainment à tendance à abrutir les gens ces dernières années…  Tout ce qui a été enregistré exprime une réflexion à l’instant T, je commence déjà a ne pas être d’accord avec les choses que j’ai dite dans mes chansons.

Le second titre parle d’amour. Un morceau très efficace !
Tristan : Oui c’est un peu plus léger effectivement, il fallait ça, il faut doser un peu, l’album est pas vendu avec une corde.

Le dernier titre de l’album « Peshmerga » parle des Kurdes. Un autre peuple avec les bretons qui cherche son pays, non ?
Tristan : Je crois quand même que les bretons ont moins de problème que les Kurdes. Enfin là c’est surtout les femmes qui sont hallucinantes en s’engageant militairement, d’aller se battre, cette ironie du sort que j’aime bien moi, car on ne peut pas se faire tuer par une femme. C’est toute leur force. Force dans tous les sens du terme : physique, caractère, courage, symbole…
Le fait qu’elle s’engage dans l’armée ne change rien à leur féminité. Elles se maquillent et c’est alors le choc. Cette coquetterie féminine (il n’y a rien de méchant dans ce que je dis là) dans toute cette poussière. C’est totalement hallucinant de voir qu’elles terrifient leurs ennemies. Et c’est vraiment jouissif.

Que signifie « Margipop », l’avant dernier titre de l’album ?
Tristan : Ce n’est pas vraiment une chanson c’est un faux instrumental. Le dernier jour du mix, on a décidé d’écrire des paroles, de les chanter et de les mixer en même temps. On s’est bien marré c’était du grand n’importe quoi. Mais oui elle avait déjà ce nom là. C’est très dur de donner un titre à un instrumental. Ca vient de Margifolk, une expression des Monts d’Arrée. Quand il y a eu ce grand exode dans les années 60 où tous les Beatniks, les Hippies sont venus s’installer là-bas… Il y avait beaucoup de musiciens et les paysans locaux les appelaient les Margifolks parce que c’était des marginaux et jouaient de la folk… Bref, ce morceau qui fusionne rock, musique électronique et même un peu de Gigue, on s’est dit qu’on allait réactualiser le concept de Margifolk en appelant ce titre « Margipop ». Voilà c’est tout.

Sur « Toboggan » on note la présence de Dana Colley, le sax de Morphine. Comment s’est faite la rencontre ?
Tristan : En fait, on ne s’est jamais rencontré. Notre réalisateur le connaissait bien, on arrivait au mixe final du titre et il manquait quelque chose au morceau, comme des instruments à vents. On s’est dit : « Pourquoi pas demander à Colley ? » Personnellement j’ai dis oui. Le disque « Cure for pain » de Morphine était un de mes albums de chevet quand j’étais étudiant. Et miracle de la technologie… On a envoyé l’album à Boston et on a reçu 18 pistes !  Il avait tout fait : sax, voix, clarinette électrique… On peut faire le prochain Morphine si vous voulez ! Mais oui, c’était cool d‘avoir ce mec là..

Comment est née la chanson « Marée haute » ? Elle évoque l’affaire Cahuzac ?
Tristan : Oui en autre, on parle de tous. Le narrateur c’est une sorte de personnage composite qui rassemble à peu près le meilleur des hommes de pouvoir du moment. A l’époque où on a écrit ce titre, il n’y avait pas encore les récentes affaires liées aux Présidentielles. On est carrément bon en Casting… Je pense que dans 30 ou 40 ans elle sera encore d’actualité.

Vous pensez que dans 20 ans on aura toujours ces affaires ou on sera passé à autre chose ?
Tristan
 : Franchement je pense qu’est avant tout une histoire de pouvoir. C’est une drogue, un toxicomane va un moment donné obtenir sa dope de manière plus ou moins illégale. Alors on a jamais vu un toxicomane prendre sa drogue de manière l’égale surtout en état de manque, il fait des conneries pour l’avoir. Le pouvoir ça induit ce genre de comportement. Ca sera toujours la même chose.

Finalement, dès que vous parlez des hommes c’est pessimiste ; vous évoquez les femmes et c’est lumineux !
Tristan : On ne va pas aller dans les grandes généralités mais oui des femmes comme les Peshmerga » sont finalement plus admirables que nos congénères politiques. On est là pour en parler, pour leur rendre un petit hommage.
Manu : Je voulais l’appeler Pénélope mais ça ne s’est pas fait…

Propos recueillis par Hervé Devallan
« Plates Coutures » (La Ouach Production)
Page Matmatah sur Rock made in France

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