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The Limiñanas : « Imagine une usine orientée sur le rock garage… »

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Il y a un évident côté White Stripes chez les Limiñanas, parce qu’ils sont deux, garçon et fille, mais surtout parce qu’ils puisent dans le rock séminal la même source de jouvence. Apparus il y a une petite dizaine d’années du côté de Perpignan, où ils partagent souvent la scène et le disque avec Pascal Comelade, ils sortent ces jours-ci un éclatant cinquième album intitulé « Malamore ».

Tout d’abord une question pas du tout d’actualité, j’ai lu quelque part que les Beach Bitches c’était déjà vous. L’un des premiers groupes à tenter le rock garage au milieu des années 1990, je me souviens même d’un incroyable 45 tours « Surfin’ Butcher » !
Lionel : Oui, c’est le premier 45 tours tiré à 300 exemplaires et pressé en Tchécoslovaquie.
Marie : Moi je ne jouais pas encore dans le groupe mais je m’occupais du label.

Il n’y a pas vos noms sur la pochette…
Lionel : Ça ne m‘étonne pas, on utilisait des pseudos : The Ghippie, Wlad XIII, Will From the Grave…

the liminanas liveLe rock and roll a toujours été une vocation, comment cela a-t-il commencé ?
Lionel : Je suis tombé dedans, tout petit, en fait mon grand-frère avait une collection de disques dans laquelle tu pouvais trouver des disques de la série « Formidable Rhythm And Blues » (série française de compilation d’artistes Stax éditée par Barclay à la fin des années 1960) jusqu’aux Joy Division, et il me réveillait quand j’étais môme avec les Cramps. Je suis né dans un petit village jusque à côté de Perpignan, et mon grand-frère Laurent était mod, donc très tôt il me fait écouter les Merton Parkas, les Action et tout ça. A Perpignan n’y a pas de concert mais à la place beaucoup de chômage, et depuis toujours de très bons disquaires. Au moins trois disquaires indépendants, et aussi de très bons libraires. Donc c’était facile dés qu’on a eu l’âge d’aller s’acheter des disques, je me souviens de très nombreux pèlerinages chez Lolita notamment, on y trouvait les Standells. J’étais fondu des compilations du label Eva à l’époque : « Texas Punk » et « New Mexico Punk ». J’ai découvert le rock garage par le biais de ces compilations-là et aussi les « Back From the Grave » de Tim Warren. Pour moi le punk, c’était ça et les Stooges.

C’est un puits sans fond, une boîte pleine de trésors…
Lionel : Qui n’est toujours pas refermée d’ailleurs, parce que je continue à découvrir des trucs tout le temps. J’allais à Montpellier aussi, il y avait la FNAC et encore d’autres disquaires pour satisfaire mes envies. Pour quoi suis-je allé vers le rock garage ? C’est juste parce que c’est celle que l’on a trouvé la plus excitante à l’époque. Je baigne là-dedans depuis que j’ai 9-10 ans, j’en ai bientôt quarante de plus…

Et toi Marie ?
Marie : Je suis venue à cette musique un peu plus tard, vers les 13 ans via des potes qui écoutaient plus de l’alterno et du punk comme les Bérurier Noir. Avec Lionel nous nous sommes rencontrés à Montpellier alors que nous étions originaires du même village, Capestany.

Vous jouez ensemble depuis longtemps ?
Marie : On se connaît depuis 1988, ça fait longtemps que l’on est ensemble.
Lionel : Le premier 45 tours des Beach Bitches (un 45 tours quatre albums) on le bricole tous les deux à la maison, la pochette de disque par exemple, par contre Marie ne jouait pas dedans. Mais ensuite on monte les Bellas ensemble avec Guillaume et Nadège (un album « Belladelic » 2010). Les Limiñanas est notre deuxième groupe ensemble.

Et la renommée ne cesse de s’étendre.
Lionel : Nous en sommes les premiers étonnés.

Anton Newcombe veut collaborer avec vous, Jack White affirme que vous faites partie de la bande…
Lionel : Je ne suis pas sur pour jack White… On a juste visité son studio lorsque l’on est allé faire une tournée aux Etats-Unis, de Memphis à Nashville. En fait, Lisa Roce la patronne de Trouble In Mind, le label sur lequel on a sorti notre premier album en 2010, connaît tout le staff de Third Man. Ils nous ont invités à s’arrêter pour visiter les locaux du label. On y a passé l’après-midi, c’est un endroit énorme, avec un show-room de tout ce qu’ils ont pu faire. Mais ça va du studio d’enregistrement au camion pour livrer, les studios photos, vidéos et bien évidemment le stock de disques et de merchandising. Imagine une usine orientée sur le rock garage… Une vraie chocolaterie façon Charlie pour moi. Par contre on n’a jamais croisé Jack White, ce sont juste les musiciens des Raconteurs qui sont venus nous voir en concert le soir.

the-limiñanasLes Cramps étaient des Rois de la récup’ avant l’heure, c’est ça qui vous a donné envie ?
Lionel : Moi ce que j’aime dans la musique c’est lorsque c’est primitif, que ce soit anglais ou américain. Une énergie que l’on retrouve sur des compilations telles que la série des « Peebles » ou des « Back From The Grave », sans oublier le coffret « Nuggets ». Et globalement, les Limiñanas c’est juste la suite logique de tous les groupes dans lesquels on a joué jusqu’à présent, sauf que c’est un style de musique qui n’intéressait pas grand monde il y a encore quelques années. Il y a vingt a déjà, quand on appelait pour chopper des concerts avec les Beach Bitches, c’était très très compliqué d’arrêter une date. Quand tu précisais que tu étais un groupe de rock garage, ça les faisait marrer. Les mecs nous répondaient (texto) : Mais on ne répare pas les voitures ! C’est juste la musique qu’on a aimé toute notre vie, mais peut-être qu’à la différence de nos potes, on a toujours aimé également la musique barrée française des années 1960, et aussi le cinéma qui allait avec.

Des exemples ?
Lionel : Tout le travail qu’a pu faire JB sur les compilations « Wizzz ! », aussi les « Pop A Paris » de Vincent Palmer, sans oublier Ronnie Bird que moi j’aime depuis tout petit. Et puis soyons francs, les Limiñanas sont un peu arrivés là par accident, car on ne pensait pas dépasser le stade de la démo. C’est un concours de circonstance. En gros, à Perpignan nous étions plusieurs groupes à jouer du rock garage, mais avec Marie on s’est retrouvée à un moment sans groupe, les Sonic Chicken 4 venaient de signer sur le label In The Red, etc. On était un peu en plan, et on a enregistré deux morceaux, « I’m Dead » / « Migas 2000« . On les a mis sur Myspace et on a été contacté par Trouble In Mind et Hozac, deux labels de Chicago moins de huit jours après. HoZac hérite des deux titres qui deviennent un 45 tours, et Trouble In Mind nous demande si on en a d’autres. On répond oui alors que c’est entièrement faux, et c’est parti. Le deuxième simple sera « Je ne suis pas très drogue » presque un morceau de commande enregistré dans notre salon, en empruntant du matériel. Sur la foulée, on achète un Mac et une carte son, on continue, et ça deviendra notre premier album « The Limiñanas ». Mais jusqu’à aujourd’hui ce ne sont que des concours de circonstance, il n’y a aucun plan de carrière, car rien n’est planifié.

Les Limiñanas filent la banane. Leur album est un bain de jouvence. Du pur rock and roll. Ce qui au pays de Patrick Bruel et Kendji Girac n’est pas si courant.

Propos recueillis par Christian Eudeline

Sortie de « Malamore » le 15 avril chez Because
Concerts :
15 avril au Printemps de Bourges
5 juin au Festival We Love Green

A écouter sur Soundcloud

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