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Grandma’s Ashes : un nom qui qui choque, qui marque les esprits
Jeune power trio 100% féminin, Grandma’s Ashes présente son deuxième album. Les filles, Édith à la batterie, Éva au chant et à la basse et Myriam aux guitares, donnent au rock un air de liberté, d’audace et de puissance. Le gros son en prime. Rencontre à Paris.
Comment tout a commencé pour Grandma’s Ashes ?
Eva : Le groupe est né 2017. J’ai rencontré Myriam grâce au site de rencontre pour musiciens EasyZic en 2015 où j’ai passé une petite annonce. On s’est appelées et ça a matché tout de suite. Le timbre de sa voix a suffi.
Myriam : Elle a dit : Allo. Tu veux répéter demain ? On a jamé. On avait 19 ans et Eva avait déjà une trentaine de chansons dans son répertoire, elle chantait, jouait de la basse… J’étais super impressionnée. Et puis, on avait des tas de groupes en commun comme les Clash. Mais il nous manquait la bonne personne à la batterie. On a passé 2 ans à la chercher.
Vous êtes basées à Paris ?
Eva : Aucune de nous trois à la base. On est monté pour nos études. Je viens de la banlieue parisienne.
Myriam : Je suis arrivée de Rabat au Maroc.
Edith : Je viens de Toulouse et je suis arrivée en 2015 à Paris. J’ai passé deux ans à chercher des groupes et je suis tombée sur l’annonce de Myriam et Eva qui cherchaient une personne à la batterie. Moi, je voulais monter un groupe de punk. En discutant avec Myriam, elle m’a dit, on va s’appeler Grandma’s Ashes ! J’ai pensé : trop stylé ! Il faut absolument que je rejoigne le groupe, c’est trop cool. On a fait une première répet et c’était parti.
Myriam : Edith nous a rejointes deux semaines après qu’on ait trouvé le nom.
La volonté était de monter un groupe de filles ?
Eva : Pas du tout. Ça s’est trouvé comme ça. C’est le feeling humain et musical qui en a décidé ainsi. Quand Myriam est arrivée en répet, elle est venue avec son énorme pedalboard, j’ai pensé : elle n’est vraiment pas venue là pour blaguer ! Quand Edit, la même chose. Première répet et tout s’est bien passé.
Vous aviez une expérience de groupes avant Grandma’s Ashes ?
Edith : On fait toutes de la musique depuis longtemps. Eva depuis qu’elle est enfant, moi et Myriam, on a toujours eu des petits groupes de lycées depuis l’adolescence.
Déjà des groupes de filles ?
Toutes trois en chœur : Non ! (rire)
Eva : En fait, pour nous c’est la première fois.
Trois filles dans un groupe, c’est compliqué ?
Edith : c’est plus ambitieux.
Myriam : C’est plus sérieux.
Edith : Les mecs n’arrivent pas à l’heure. J’ai joué avec des mecs plus âgés qui avaient un côté très paternaliste et qui avaient abandonné leurs rêves. Ils étaient très rationnels, me conseillant de trouver un autre métier. Alors que les filles m’ont tiré vers le haut. Eva était déjà intermittente. Etant de la même génération, on avait le même rêve.
D’où vient le nom Grandma’s Ashes ?
Eva : Quand j’ai rencontré Myriam, le groupe portait mon nom : Eva Hägen Band parce que c’était mes compos et que les personnes qui jouaient dans le groupe étaient un peu comme un backing band. En fait Myriam s’est tellement investie, et que l’on composait de nouvelles choses toutes les deux, qu’on s’est dit qu’il fallait trouver un nouveau nom. On a cherché quelque chose qui choque, qui marque les esprits, qui fasse que les gens se posent des questions. Et d’ailleurs, à chaque interview, c’est la même chose : pourquoi ce nom ? Et on répond : c’est pour qu’on nous pose ce genre de question.
Myriam : On a aussi pensé à Ashes to Ashes, le morceau de David Bowie. Avec le recul, on s’est aperçu qu’on discutait beaucoup avec les femmes de nos familles autour de la foi, de l’au-delà… Le fait de vouloir être enterré ou incinéré. Des discussions qui peuvent mettre mal à l’aise. On s’est dit qu’on pouvait trouver un nom autour de ce tabou, de la mort, du deuil…
Eva : On parle énormément de ces sujets dans nos chansons. Plus le temps passe, plus je pense que le nom du groupe colle exactement à ce qu’on fait.
Trois filles qui jouent du rock, c’est facile dans un univers majoritairement masculin ?
Edith : Je pense qu’on est arrivées au bon moment. Des mouvements comme MeToo ont sensibilisé beaucoup de monde dans la profession. On a profité de cet essor. Les femmes qui ont débuté dans les années 70, ça devait être plus compliqué et cantonné à des rôles plus genrés. On est tombées sur beaucoup de personnes bienveillantes dans le milieu du rock. On a eu de la chance sur ce plan-là. Ensuite… On préfère se concentrer sur les choses positives. On a toujours des remarques de gens qui nous font sentir qu’on n’est pas à notre place.
Myriam : Des remarques par rapport au style de musique qu’on pratique, à notre ambition. Que sur scène, on joue les jambes écartées. Ce genre de remarques.
Votre génération est tournée vers le hip hop ou l’électro. Le rock était une évidence pour toutes les trois ?
Edith : On aime jouer fort.
Eva : C’est hyper cathartique. Ado, j’ai baigné dans le rock, que ce soit avec mes potes où mes parents. C’était mon moyen d’expression enragé et rebelle.
Fut un temps, on se rebellait contre les parents. Pas en partageant la même musique…
Myriam : C’est vrai. Mes parents étaient très surpris que j’écoute Pink Floyd et Led Zeppelin. Mais notre musique exprime une colère viscérale qu’on n’arrive pas à retrouver dans d’autres styles. On joue du rock, parce qu’on aime être ensemble et jouer fort.
Edith : Et nos références sont rock. AC/DC tout simplement lorsqu’on est entre copains et qu’on saute partout. Ce qu’on peut moins faire avec un autre style de musique.
C’est ça être rebelles en 2025 : jouer du rock ?
Eva : Oui. Toutes les trois, on est aussi des outsiders. J’étais dans une école privée catholique. Faire du rock, c’était être marginale. Je pense que c’est valable pour toutes les trois. Myriam au Maroc, Édith à Toulouse. Et aujourd’hui, j’ai conscience d’avoir une vie en marge de la société et de mes amis.
Edith : On est à une époque, où on ose davantage la croisée des styles et des rencontres. Quand je vois que la chanteuse pop américaine Olivia Rodrigo reprend Fontaine DC, je pense que les artistes jettent des passerelles et qu’il existe de nombreuses connexions.
Votre album s’appelle « Bruxisme ». Qui grince des dents dans le groupe ?
Eva, Edith, Myriam : (rire). Toutes les trois !
Eva : En fait, je suis allée chez le dentiste quand on a commencé à composer. J’ai appris que je faisais de bruxisme. J’ai trouvé le nom étonnant. J’ai expliqué aux filles que je devais porter une gouttière. Elles m’ont dit enfin ! « Quand on dort à côté de toi, c’est l’enfer. ». Mais toutes les trois on grince des dents. Mais le plus important c’est de savoir pourquoi. Parce qu’on est stressées. Pourquoi on est stressées ? Pourtant on a une vie super, on est artiste, tout se passe bien. Masi nous subissons des micro agressions au quotidien, dans le métro, au volant, dans la rue… En fait tout le temps. C’est le bruit, la vitesse, les gens qui te bousculent… Le bruxisme est un symptôme de stress.
Myriam : Quand Eva nous a parlé du bruxisme, on parlait du nouvel album, on s’est dit que la ville nous broyait au quotidien. Il existe une vraie solitude. Musicalement, on avait envie de le traduire avec des sons plus industriels. Que mes guitares sonnent plus 90’s, plus nu métal. On a rassemblé tout ça sous des standards bruxisme. C’est la manière dont l’album sonne.
Edith : Il y a quelque chose de serrage de dents. C’était le côté inconscient. Le corps encaisse tellement de violence au quotidien, qu’on finit par subir. On ne maîtrise plus notre propre enveloppe corporelle.
Eva : Ce sont les thématiques développées dans les chansons de l’album : subir, être contraint… Notre album parle de ces petites douleurs qui parasitent notre quotidien.
Vous composez toutes les trois ?
Eva : Oui.
Myriam : On a écrit beaucoup de texte et des bouts de chansons, qu’ils soient nouveaux ou de l’album précédent. Du coup, on jam là-dessus. Ou alors, on prend un texte ou un thème et on tourne dessus.
Édith : On aime bien être toutes les trois. Quand une bloque, une autre ouvre un nouveau tiroir. On expérimente plus facilement.
En combien de temps a été enregistré Bruxisme ?
Myriam : Au moins deux ans. On avait écrit une bonne partie en résidence à la campagne. Et à partir de ce moment-là, ça prend du temps à distiller.
Eva : Pour cette résidence, on avait plein de bouts de chose. J’avais mon ordi. J’ai passé pas mal de soirées à couper, découper, coller des trucs sur lesquels on jouait ensuite. Le soir j’expérimentais et le lendemain, je les proposais aux filles en leur demandant si ça correspondait à ce qu’on avait créé ensemble. On a fait pas mal d’allers-retours comme ça.
Myriam : On a tout enregistré dans un super studio de répet. Nos jams ont été super bien enregistrés. En fait, ce qui reste sur l’album, c’est la moitié de la maquette.
Comment s’est passé le travail avec l’ingénieur du son canadien Jesse Gander ?
Edith : On est assez fan de Brutus, un trio belge. J’avais son nom dans un coin de ma tête. On l’a rencontré en visio et on a eu un coup de cœur humain. Il est venu de Vancouver et c’était génial. On est très perfectionniste et il nous a permis de garder de la vie dans l’album.
Myriam : C’est super important de garder la spontanéité d’une démo. Il nous a mises en confiance et du coup, on osait lui présenter nos idées.
Eva : Il nous a laissé énormément de liberté. Il nous a fait confiance. Il nous a bien accompagnées. C’est important en tant que chanteuse. Mon instrument, c’est mon corps. C’est important de se sentir à l’aise avec quelqu’un qui ne prend aucune décision à votre place. Il m’a accompagnée vers le meilleur de ma performance sans pression ni demande. Ça change la donne. Ça permet des interprétations où l’émotion transparaît. Il m’a libérée.
Quand a eu lieu l’enregistrement ?
Myriam : En février 2025 à l’ICP de Bruxelles. C’est un rêve d’aller là-bas. On a passé deux semaines, tous les jours de 8h à 20h. Un rythme assez soutenu.
Edith : au départ, on pensait que deux semaines, c’était trop. Mais jusqu’à la dernière minute, on enregistrait encore une percussion, une note de piano…
Eva : On enregistrait les instruments le matin et les voix l’après-midi.
Myriam : On voyait chaque morceau prendre forme ce qui permettait le lendemain de refaire des choses. Sur un morceau, après les voix et au bout de 10 jours, on a même refait la batterie.
La scène reflète votre travail en studio ?
Edith : Oui grâce à l’ordinateur. On a mis pas mal de choses en séquence. Ça donne un côté plus produit : on n’est que trois et donc rapidement limitées. Et puis, on ne voulait pas rajouter d’autres musiciens sur scène.
L’ordinateur ne vous contraint pas trop sur scène ?
Edith : On a pris l’habitude de travailler au métronome. Notre live est peut-être plus figé, mais plus audacieux en termes d’arrangements.
Myriam : On n’est pas un groupe de jazz, on n’a pas de longs passages d’improvisation. Avec des boucles, on peut quand même rendre le live vivant.
L’album sort en vinyle ?
Toutes les trois : Oui.
Eva : C’est important pour nous. En tant qu’objet, ne serait-ce que pour les visuels. Dans le milieu rock, le vinyle est un héritage et ça revient à la mode. Donc on tient à ce support.
Myriam : Dans l’underground de la scène française d’où l’on vient, beaucoup de personnes collectionnent les vinyles. A commencer par les groupes qu’on croise sur la route. On échange nos albums avec parfois un petit mot dedans, des dédicaces. Ça créé des souvenirs.
Hervé Devallan
Sur scène
10.10 – RENNES, L’UBU (35)
23.10 – SAINT-BRIEUC, BONJOUR MINUIT (22)
24.10 – ROUEN, FURY DÉFENDU (76)
25.10 – TOURS, LE BATEAU IVRE (37)
20.11 – NÎMES, LE PALOMA (30)
21.11 – MARSEILLE, LE MOLOTOV (13)
28.11 – AURILLAC, LE SISMOGRAPHE (15)
18.12 – BORDEAUX, IBOAT (33)
19.12 – LIMOGES, FESTIVAL DE NOËL (87)
20.12 – LORIENT, PIT DOG (56)
19.02 – NANTES, LE FERRAILLEUR (44)
20.02 – BREST, LE VAUBAN (29)
06.03 – SCEY SUR SAÔNE, ECHO SYSTEM (70)
12.03 – NANCY, L’AUTRE CANAL (54)
13.03 – VITRY-LE-FRANÇOIS, L’ORANGE BLEUE (51)
14.03 – DIJON, LA VAPEUR (21)
17.03 – LILLE, LE BLACK LAB (59)
26.03 – STRASBOURG, LA MAISON BLEUE (67)
27.03 – NEVERS, CAFÉ CHARBON (58)
28.03 – PARIS – ELYSÉE MONTMARTRE (75)












