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« A partir du moment où on enregistrait Zëss, j’étais condamné à ne plus rien faire derrière »

Christian Vander : interview spéciale 50e anniversaire de Magma ! 

L’année 2019 s’annonce dense pour Magma. Pour les 50 ans du groupe, se profilent déjà un nouvel album et une série de concerts, dont un à Paris. Christian Vander nous parle à bâtons rompus de cette riche actualité…

2009-05-15 Christian Vander Quartet -d’Eysines (33)

Christian Vander, pour fêter les 50 ans de Magma, vous sortez un nouvel album intitulé « Zëss – le jour du néant ». Il reprend un morceau que vous jouiez en live à Bobino en 1981, mais que vous n’aviez jamais enregistré en studio. Pourquoi ce choix ?
Christian Vander
 : Zëss n’a effectivement jamais été officiellement enregistré, sinon dans un live de 1981 paru sous le label AKT en 1995. Avec Stella [Vander], nous voulions une version définitive et exhaustive de Zëss, intégrant tout le texte en français et un véritable final. On a choisi un tempo plus lent, plus « ronronné », comme une sorte de scansion de train de nuit, à l’époque où on entendait le son des rails. J’ai d’ailleurs dit au batteur [Morgan Ågren, le batteur de Kaipa, NDLR] que c’était le Train Bleu qui menait sur la Côte d’Azur, à l’époque, qui avait ce son, cette espèce d’obsession du rythme : il a réalisé la chose magnifiquement bien ! Ce tempo nous a permis de mieux faire résonner les mélodies, de mieux les interpréter, avec plus de temps, plus de calme, donc de les rendre plus belles et plus profondes, et on l’espère, plus émouvantes quand il le faut.

Car en effet, vous n’êtes pas batteur dans Zëss… Il faut dire que ce morceau est interprété par l’orchestre philharmonique de Prague : c’est une première pour Magma !
C.V.
 : On s’est donné un défi. C’est une idée de Stella aussi, l’orchestre philharmonique. C’était quitte ou double parce qu’on avait très peu de temps : on avait une journée pour enregistrer ! Et on a donc réalisé Zëss dans la journée ! Je vous avoue que c’était un moment extraordinaire. J’étais comme un enfant, à écouter, et à regarder aussi ! C’est un spectacle que de voir cinquante musiciens jouer cette musique avec un arrangement qui n’était pas facile ! Et d’ailleurs, Rémi Dumoulin, le saxophoniste qui a réalisé cet arrangement, n’avait au commencement pas voulu trop déborder, il avait traité l’arrangement de manière peut-être un peu trop sage ou classique, je dirais. Je lui ai dit : « tu sais, c’est très ouvert, tu peux mixer ensemble tes connaissances et également, comme tu l’entends, John Coltrane, Olivier Messiaen, ce que tu veux ! Tu peux tout mêler et en faire cette musique ». Il a vraiment réussi ! Il fallait trouver la ligne directrice, parce que Zëss propose au départ peu d’accords : il fallait donc un chant parallèle, une ligne mélodique pour l’orchestre.

Comment avez-vous réussi à maîtriser l’intensité croissante d’un ostinato de 38 minutes en une seule journée ???
C.V.
 : Honnêtement, je doutais quand même ! Mais l’orchestre et les musiciens sont excellents. On avait déjà pu écouter ce qu’ils avaient réalisé. Mais ce qu’il s’est passé aussi, c’est qu’au bout d’un moment, le chef d’orchestre lui-même [Adam Klemens, NDLR] s’est pris au jeu. Nous, on écoutait les prises et souvent on jugeait que l’ultime était la bonne, qu’elle était parfaite, mais le chef disait : « non non, pour moi elle n’est pas bonne, on la refait ! » : il est encore pire que nous, lui ! Quoi qu’il en soit, quand j’ai écouté le résultat final, j’étais ému, franchement. C’était la première fois que je pouvais écouter un album Magma pratiquement tout de suite, en goûtant directement cette émotion. Parce qu’on travaille au scalpel sur tous nos disques, en les écoutant un nombre de fois incalculable ; au moindre détail de l’écoute, de la vibration s’il y en a une, on corrige, on corrige, on corrige… Il faut souvent plusieurs années avant de pouvoir réécouter le disque avec la fraîcheur ! Pas ici…

Vous dites, dans le poème que vous scandez dans Zëss, que « l’éternité a perdu son nom ». Est-ce à dire que pour les 50 ans de Magma, l’éternité a gagné son cri ?
C.V.
 : Eh bien le jour où l’éternité a perdu son nom, on pourrait admettre que le moindre grillon a perdu son nom aussi ! On m’a souvent demandé pourquoi on n’avait pas enregistré Zëss plus tôt. Je ne le savais pas clairement, et je répondais systématiquement que j’avais des raisons, mais au bout d’un moment, je répondais simplement non, sans même plus savoir pourquoi. Stella me disait : « bon, alors, si on enregistrait Zëss ?… » et non, non et non. Sans doute, je ne m’estimais pas prêt encore. Mais en fait, l’année dernière, j’ai analysé la chose : à partir du moment où on enregistrait Zëss, j’étais condamné à ne plus rien faire derrière ! J’y parle de la fin des temps, du néant, il n’y a alors plus de conscience pour imaginer quoi que ce soit. Donc, plus rien n’existe, plus rien n’a existé, pourquoi pas, une sorte de trou noir et encore, un trou noir n’existe même pas dans le néant. Je me suis dit : qu’est-ce que je vais faire après ? Alors que tous mes thèmes, jusqu’à présent, proposaient une ouverture. Par exemple, Mekanïk Destruktïw Kommandöh racontait une histoire de gens qui ne sont pas prêts à combattre et disparaissent dans l’espace ou je ne sais où, dans une sorte de linceul d’où s’échappe une goutte de nectar ou d’eau qui va reformer la vie, où la vie va renaître. Dans Zëss, il n’y a pas d’ouverture possible. Je m’étais condamné à ne plus enregistrer autre chose ! Je m’étais presque fait une raison, un peu horrible ! Or, je me suis rendu compte que j’étais en train de travailler parallèlement sur de nouvelles pistes, de nouveaux éléments, ce qui était bien contradictoire. Ce n’était pas normal ! Donc, j’ai eu l’idée entre guillemets « lumineuse », ce qui a tout changé, d’imaginer que ce n’était qu’un songe ! Là, ça permet d’enregistrer Zëss mais de continuer Magma !

En parlant de continuer Magma, en 2019, vous prévoyez une série de concerts à l’étranger et en France. Notamment à la Philharmonie de Paris le 26 juin. Pouvez-vous nous en parler ?
C.V. : Oui. Hélas, nous ne serons pas accompagnés d’un orchestre philharmonique à la Philharmonie !… On aurait bien aimé, mais c’était trop complexe d’un point de vue logistique. Nous aurons donc un orchestre avec une grosse section cuivre et un chœur vocal conséquent. Le programme tel qu’il est prévu aujourd’hui serait a priori en trois parties d’environ 40 à 50 minutes chacune. Il y aurait Félicité Thösz, puis Hhaï première version – pas la version intégrale du disque Ëmënhtëth-Rê – ce qui constituerait la première partie. Puis, en seconde partie, une sorte de condensé de Theuhz Hamtaahk, de Ẁurdah Ïtah et de Mekanïk Destruktïw Kommandöh. Et la troisième partie, on jouera Zëss, évidemment.

Un petit mot de la fin : quel souhait pour Magma, pour la suite ?
C.V.
 : Mon souhait – on pourrait dire qu’on parle comme des anciens, mais… – ce serait d’avoir suffisamment la forme et la santé pour pouvoir perpétuer cette musique. Et, parallèlement, l’inspiration ! On arrive à la fin d’un cycle. Sans doute que Zëss est l’aboutissement de toutes ces choses que j’ai pu chercher, et le début d’autre chose…

Propos recueillis par Boris Foucaud
Photo : Marie Emmanuelle Bretel

Concerts 2019 : https://www.magmamusic.org/fr/concerts/ – à Paris le 26/06, Lyon le 2/07, Juan-les-Pins le 16/07, Saint-Nolff le 16/08…

À la Philharmonie de Paris le 26 juin 2019, la formation sera constituée de :
Christian Vander, batterie, chant – Stella Vander, chant – Morgan Ågren, batterie – Simon Goubert, piano – Bruno Ruder,  piano Jérôme Martineau, piano, clavier – Benoît Alziary, vibraphone – Philippe Bussonnet, basse – Rudy Blas, guitare – Isabelle Feuillebois, chant – Hervé Aknin, chant – Julie Vander, chant – Sandrine Destafanis, chant – Sylvie Fisichella, chant – Laura Guarrato, chant – Rémi Dumoulin, saxophones – Yannick Soccal, saxophone, flûte – Jean Baptiste Réhault, saxophones – Sylvain Bardiau, trompette – Sébastien Mitterrand, trompette – William Becuwe, trombone

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