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Fred Poulet : « Quand Vikash Dhorasso a vu mon nom, il a cru que j’étais un chanteur antillais » 

« The Soleil » sera le septième album de Fred Poulet. Ses mots et sa musique sont toujours aussi décalés, rock et iconoclastes dans le petit monde de la chanson pop française. Et si l’artiste se faisait rare, c’est qu’il était passé à autre chose : le super 8 et Groland entre autres. L’appel de la musique a été le plus fort. L’occasion de rencontrer l’auteur de « Walking Indurain », le tube absolu.

Votre dernier album remonte à 2005. Qu’avez-vous fait entre temps ?
Je suis devenu réalisateur. C’est le cinéma qui m’a occupé. Si on remonte dans le temps, je sors mon dernier disque en 2005 puis j’enchaîne sur la tournée et la promo. Ensuite vient la question de l’album suivant. Mon producteur, Pierre Walfisz – à l’époque j’étais chez Label Bleu – me dit qu’on continue à bosser ensemble, même si la musique en ce moment c’est triste. Ils sont complètement perdus et déprimés. Mais il me dit qu’avec moi, il a l’impression qu’on peut faire un truc plus marrant.

Il se trouve qu’à ce moment là, j’écrivais dans une revue trimestrielle très intellectuelle qui s’appelle Vacarme. Je tenais la rubrique sport. Un jour, je signe un article sur le footballeur Vikash Dhorasso qui était considéré comme l’intellectuel des footballeurs français. Un des collaborateurs de Vacarme était prof aux Beaux Arts à Lyon demande à une de ses élèves de s’occuper du graphisme du numéro. Cette élève très douée se trouve être la sœur de la femme de Vikash. Donc Emilie, sa femme, achète la revue pour voir ce qu’a créé sa sœur. Vikash lit l’article et me contacte par l’intermédiaire du journal. Il a dû se renseigner sur ce que je faisais avant. D’ailleurs, quand il a vu mon nom, il a cru que j’étais chanteur antillais ! C’est peut-être pour ça qu’il a voulu me contacter (rires) ! Bref, on a commencé à se voir, et on a tout de suite eu beaucoup de choses à se dire. La Coupe du monde approchait… Ça me trottait dans la tête de faire un truc avec lui. J’avais comme idée un court métrage expérimental, en utilisant le foot comme cheval de Troie pour proposer mon petit super 8 auquel je tenais beaucoup. Je raconte donc tout ça à mon producteur : j’ai rencontré un footballeur, la coupe du monde approche… Il me répond « vas-y, on fonce ! ». J’en parle à Vikash : il accepte. Je me demande encore pourquoi ! Je commence à tourner en mars (la coupe du monde était en juin 2006), dès les matchs de préparation. Puis je pars en Allemagne, et au moment du début de la coupe du monde, Zidane revient avec ses copains. Une dramaturgie se met en place autour de lui : il a du temps et des choses à dire, il est très disponible. L’équipe de France se qualifie… Je commence à avoir un film avec un vrai sujet.

Affiche DVD

Et le film sort ?
Le seul projet que j’avais c’était de prendre une caméra, filmer et faire du champ-contrechamp. En filmant les coulisses. Je voulais aussi le faire en super 8 parce que c’était très important pour moi. Puis quand il rentre d’Allemagne après la Coupe du monde, il accorde une interview au Parisien qui titre « L’incroyable film de Vikash ». Ça fout un bordel pas possible ! La Fédération monte sur ses grands chevaux : « Jamais une image de ce film ne sera vue ». Je me souviens, je répondais à Patrick Vieira au journal d’Europe 1 qui m’agressait… Et en fait, ils nous ont fait une grande promo car tout le monde a relayé ça. Jusqu’à ce qu’un distributeur nous contacte et le sorte en salle. On a même gagné un prix à Belfort, on a été sélectionné à Berlin… En fait, on nous a dit : « Vous avez fait du cinéma ! ». Ce qui était notre ambition absolue avec Vikash.

Ensuite, toujours pas de musique ?
Non. Gustave s’intéresse au foot et vient voir le film. Ça c’était en 2007. En 2008-2009, l’équipe me contacte et me dit qu’ils veulent faire un film avec Gérard Depardieu (Mammuth qui sortira en 2010, ndlr) et qu’il y aura des images en super 8. Ils veulent donc que je ne sois pas loin. Je tourne avec eux pendant 1 an. Comme il y avait Depardieu, on a beaucoup parlé du film. Forcément, c’est un monstre, un ogre ! Il est là, tu le filmes. Résultat : ils ne savaient pas trop quoi en faire de mon film, mais ils ont quand même décidé de le sortir en DVD. Il fallait le montrer à Depardieu ! Un matin, 7h30… On file chez lui, on lui laisse le casque sur les oreilles et on va boire un café. Trois quart d’heure après, on revient, il était toujours en train d’écouter. Il me dit : « Waouh, t’as fait un vrai film ! Tu laisses aller les choses, c’est beau. Il faut que ça passe à Cannes ! ». Cannes, c’était deux semaines après… Il prend son téléphone, il appelle Thierry Frémaux : « Allô Thierry, c’est Gérard ! J’ai un film formidable, trouve lui une place ! ». La semaine d’après, Thierry m’appelle et me dit que c’est ok et qu’il y aura une projection off dans la grande salle. Du coup je me retrouve à Cannes !

Vous vous dites que la musique c’est fini ?
Non, je réalise des clips à droite à gauche, mais c’est vrai que je ne savais pas vraiment quoi faire du reste de l’année. Finalement, Benoît m’a proposé de travailler avec eux. Il m’embauche à Groland comme réalisateur en 2011. Trois années se sont quand même écoulées : un an de tournage avec Depardieu, un an de spectacle qui s’appelait Départemental 1985 avec la fille Higelin, qui en réalité était un film, et puis Groland. Je pense et fait encore de la chanson mais en même temps, c’est super marrant comme boulot, même si c’est très exigeant.

Comment arrivez-vous à ce nouvel album ?
La musique commençait à me manquer.
Comme je me suis éloigné de mon statut de chanteur, sans m’en rendre compte, j’ai tout d’un coup ressenti un désir neuf et élémentaire : celui de faire des chansons que j’avais envie d’entendre, comme celles de mes premiers groupes à Mulhouse.
Un soir, je dis à Max Delpierre : « Je passe chez toi, on essaye de bosser une fois par semaine et on voit ce qui sort de tout ça ». Pendant qu’il travaillait la musique, j’écrivais les paroles. On a fait 6 ou 7 morceaux ensemble sans les réécouter. Et un jour, au lieu d’en refaire un, on prend le temps d’écouter ce qu’on avait fait et on a passé un super moment ! On s’est dit qu’il y avait quelque chose.
Comme ça faisait 10 ans que je ne faisais plus de musique, j’ai appelé Rodolphe Burger en lui disant que j’avais composé des chansons que je trouvais super mais que je ne connaissais plus personne dans le milieu et que j’avais besoin de son aide.

Vous sortez « The Soleil » sur le label de Rodolphe Burger. Vous le rencontrez quand pour la première fois ?
Rodolphe, je l’ai rencontré en 1996 quand j’étais chez Saravah. Mon deuxième disque avec le titre « Walking Indurain » avait bien marché donc on m’avait suggéré de faire appel à un directeur artistique pour mon 3ème album. J’adorais le son de Kat Onoma donc c’est pour ça que j’ai contacté Rodolphe. Quand on a enregistré le disque, je me suis posé beaucoup de questions car il ne m’orientait pas du tout : en fait il aimait beaucoup ce que je faisais et me le disait. C’était déroutant. Depuis ce moment là, on a toujours fait les choses ensemble : boire des bières, parler littérature et même de l’Alsace. Il m’a tout de suite proposé de faire des concerts et d’écrire des chansons pour lui, de l’accompagner sur scène et même d’écrire pour le journal Vacarme dont sa femme Marianne était rédactrice en chef. On est très différent artistiquement parlant mais très proches dans nos goûts musicaux.

Maxime Delpirre, Rodolphe Burger… Parmi cette grande famille, avez-vous déjà travaillé avec Rachid Taha ?
Non jamais. Pourtant Maxime Delpierre était son guitariste. J’ai eu l’occasion de le croiser à plusieurs reprises grâce à Rodolphe mais nous n’avons jamais collaboré ensemble. C’est aussi une question de génération, je n’étais pas fan de son premier groupe Carte de Séjour malgré son talent. Il a eu une magnifique carrière notamment à Londres où il était très respecté et remplissait les salles.

L’album s’appelle « The Soleil ». Pourquoi « The » et pas « Le » ?
Tout simplement car je vise l’international ! (Rires)
Je chante obstinément en français alors que le rock a été inventé par les anglo-saxons.

Chanter du rock en français c’est un handicap ?
Plus maintenant car il y a une histoire singulière du rock français. Rachid Taha fait partie des artistes qui ont contribué à cette histoire.
Le rock français existe à part entière. La nouvelle vague de la chanson française qui est arrivée quand j’ai débuté, comme Dominique A, Miossec, Philippe Katerine, a décidé de tout de suite aborder la musique en français. Le choix de la langue dans le rock n’a donc plus été une question.  De mon côté, je chante parce que j’écris, non pas l’inverse.

Comment viennent les paroles de vos chansons ?
Disons que je note des phrases qui me viennent comme ça sur un cahier que j’ai toujours sur moi.
Pendant longtemps j’ai écris des chansons en rassemblant mes notes, en développant puis en laissant reposer. Et à un moment tu as un déclic !
Je fais aussi des chansons avec un système littéraire ou phonétique. Si j’arrive à suivre ce système sur 3 couplets, c’est que c’est gagné et que ça va faire une chanson.

Vous n’avez jamais pensé à écrire autre chose que des chansons ?
Si, j’ai écris un livre qui n’est pas un roman. C’était une commande du Mac / Val. Ils avaient une collection dans laquelle ils associaient un artiste résident avec un écrivain. Ils m’avaient contacté pour l’expo de Nathalie Talec. Je devais donc écrire une fiction inspirée par l’œuvre. J’ai bien aimé la démarche de Nathalie Talec qui travaille sur le froid. Elle est d’ailleurs partie au Groenland pour éprouver son concept. Mon livre parle d’une histoire d’amour qui finit mal. Le Groenland étant un pays danois, j’ai mis tout mon livre sur Google traduction pour qu’il soit traduit dans la langue du pays. Puis je leur ai demandé de traduire à nouveau avec leurs mots en français, ce qui a donné la version imprimée. On retrouve des tournures de phrase que je n’aurai pas pu trouver moi même.

Personne ne vous a proposé d’écrire un roman ?
Non. J’écris depuis longtemps une fiction que je continue de travailler. C’est très long ! C’est très intéressant de monter le scénario. J’ai l’impression de pouvoir faire quelque chose dans les chansons alors que Suicide, Gainsbourg et tant d’autres existent. Mais ça vaut quand même : la musique, c’est un art populaire, qui passe à la radio. C’est la bande son de la vie des gens, c’est essentiel. Alors qu’un livre, je ne peux pas me départir de l’idée qu’il y a Proust, Balzac, Céline, etc. Quelqu’un qui lit un livre va peut-être mettre une semaine. L’écriture est un témoignage tellement fort, au langage, à l’époque, à une personne. Gainsbourg est plus accessible que Céline par exemple. Du coup, mon intermédiaire, c’est la fiction dans le cinéma. Ça me délit d’un souci littéraire. La fiction que je suis en train d’écrire, j’ai commencé par l’écrire comme un scénario. Et puis je me suis dit que je n’allais pas m’en sortir, qu’il fallait que je raconte quelque chose en décrivant l’intériorité des personnages : ce qu’ils pensent, ce qu’ils font. En fait, c’est ça l’écriture d’un livre ! Les livres, ça a bouleversé ma vie, ça m’a émerveillé, exalté. Et ça continue toujours.

Comment avez-vous rencontré Maxime Delpierre ?
On se connaît depuis longtemps. J’allais le voir quand il sortait de l’école de jazz CNSM, quand il jouait aux Falaises dans le 18ème. Je n’habitais pas loin et c’était aussi un copain de Saravah que je venais de rencontrer. Il faisait beaucoup d’improvisations. Tout ça c’était avant son groupe Limousine. Il a justement fondé Limousine car l’improvisation était pour lui comme une forme d’impasse.

Qu’a apporté Maxime Delpierre à votre album ?
Il a composé toute la musique. On l’a fait ensemble mais c’est lui qui mettait toutes les notes dans l’ordre.

Ce côté électro, c’est aussi Maxime Delpierre ?
Oui, c’est ce qu’il aime faire, notamment dans son groupe VKNG. Mais il y a quand même plusieurs chansons basées plutôt sur des riffs de guitare. Je proposais à Maxime un riff et lui se chargeait de développer l’idée. En tant que guitariste, il m’a souvent beaucoup ému. Il a un son très gracieux qui me parle beaucoup. Donc dans ma tête cette collaboration est entre deux guitaristes. Pour moi, c’est l’album où il y a bizarrement le plus de guitare électrique, même si elle est suggérée dans les chansons.

Vous n’étiez que deux en studio ?
Oui, il n’y a pas de musicien additionnel. Nous n’étions que deux pour faire cet album. On l’a mixé dans le studio alsacien de Rodolphe. Je pensais faire de la guitare électrique avec Rodolphe mais non, personne n’en avait envie : l’électricité était déjà là.

Quand j’écoute l’album, je pense à Jacno, dans cette approche décalée et pop du rock. Je me trompe ?
Non, comme point commun il y a ce que je pourrais considérer comme une sensualité synthétique. Pour moi, Jacno, avait une proposition vraiment synthétique avec sa série Rectangle, et à la fois sensuelle et organique. A la fin ça donne quelque chose de chaud.
Comme autre point commun, je ressens aussi une forme de filiation avec Jacques Dutronc mais que Jacno a largement mieux réussi que moi. Jacques Dutronc, c’est mon héros. Depuis tout petit, je voulais lui ressembler, avoir les mêmes cheveux. Il a tellement la classe, il emmerde les gens, il a de l’humour… Je suis persuadé que ses paroles, c’est lui qui les faisait.
Comme Dutronc, je me sens dans l’idée de proposer une gracieuse désinvolture. Pour dire des choses sérieuses, c’est un très bon moyen.

Chanter en français prend donc ici tout son sens.
Oui, il me semble.

Pourquoi avoir écrit une chanson sur Indurain ?
En passant des après-midis un peu désœuvrés devant le tour de France, j’ai souvent entendu son nom. Je pensais qu’il était anglais, mais non en fait c’est un basque.
J’avais beaucoup aimé le disque de Grace Jones où elle fait la reprise de « Walking in the rain ». Et puis les deux se mélangent, ça me trotte dans la tête… Puis ça donne bêtement « Walking Indurain ». Je n’y croyais pas beaucoup d’ailleurs. On l’a enregistré après une soirée bien arrosée à Mulhouse et ça a donné un résultat approximatif, mais je le trouvais bien comme ça. Encore un exemple de gracieuse désinvolture !

Un an après vous réalisez un duo avec Charlélie Couture, ça s’est passé comment ?
Il avait bien aimé mon disque et m’avait gentiment appelé pour me dire ça. Quelqu’un d’une association pour les maladies cardiaques m’a appelé car il réalisait une compilation caritative avec seulement des duos. Et voilà comment est née cette collaboration. En plus j’aime bien ce que fait Charlélie Couture.

Allez-vous bientôt signer votre retour sur scène ?
Je n’ai pas de tourneur pour le moment. Mais j’en ai envie. Les morceaux qui ont été créés sont vraiment superbes à jouer sur scène. Avec Maxime Delpierre, on est dans l’idée d’essayer d’amener un son le plus loin possible. Et à deux, on y arrive, on n’aurait pas forcément besoin d’un groupe avec d’autres musiciens. Et puis à plusieurs, c’est quand même un sacré bazar ! Avec les répètes par exemple. Je me dis qu’il vaut mieux commencer comme ça, à deux, quitte à étoffer après.

Quelle est votre vision du rock aujourd’hui en 2018 ? Il a un passé, un avenir ?
C’est un peu un truc de vieux maintenant ! Mais pas que… Je trouve que les groupes d’aujourd’hui sont parfois meilleurs que ce qu’il n’y a jamais eu. Par exemple, Cheveu, ils déglinguent tout. Je suis aussi allé voir un truc vachement bien, la Colonie de vacances. Ce sont 4 groupes qui se mettent aux quatre coins de la salle qui jouent le même morceau. Ca vaut vraiment le coup. Orelsan c’est du hip hop mais aussi du rock. Dans le genre Dutronc il est pas mal lui. Pour moi, il ne devrait pas y avoir de nuances entre hip hop et rock. Comme dans le rock, il y a eu dans le hip hop toute la phase avec le club des loosers, avec des mecs slackers, complètement je-m’en-foutistes, des vrais loosers quoi. Beck s’est d’ailleurs imposé à l’époque avec « I’m a looser ». Finalement, souvent l’énergie que j’aime bien dans le rock, je la retrouve dans le hip hop ou le rap.

Propos recueillis par Hervé Devallan
Sortie de The Soleil le 9 novembre 2018

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