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Ramon Pipin : « Je suis éditorialiste déconneur et musicien »

Rencontrer Ramon Pipin, c’est visiter une partie de l’histoire du rock français. Avec Au Bonheur des Dames et Odeurs pour passeport vers l’humour et la bonne musique, l’artiste pourrait se la raconter. Au contraire, Ramon Pipin, alias Alain Ranval, reste un passionné qui a le rock chevillé au corps. Il nous raconte son dernier disque, ses amis, ses anecdotes… Avec une vraie joie de vivre !

Le premier titre de votre album, s’appelle « Anecdote »… Un morceau autobiographique ?
Ramon Pipin :
Un petit peu. Je n’ai jamais bu une goutte d’alcool, jamais fumé un pétard, jamais pris un rail de coke, je ne me suis jamais shooté… C’est ce qui m’a donné l’idée d’écrire la chanson truffée d’anecdotes qui ne sont pas toutes vraies d’ailleurs : Celle de Marianne Faithfull est discutable.

Vient ensuite « Le club »… Vous n’aimez pas la politique ?
R.P. :
J’adore la politique, ça m’intéresse beaucoup. Ça m’a fait marrer de faire une chanson sur les Think Tank en imaginant un mec qui va là juste pour se faire remarquer. Je prends toujours des trucs de la vie et je pousse le curseur.

Du coup, les Gilets Jaunes, c’est un sujet tout trouvé !
R.P. :
Non, je ne veux pas. C’est douloureux… Je comprends tous ces gens, malgré certaines dérives. Du temps d’Au Bonheur des Dames, j’avais écrit une chanson qui s’appelle « Mon ami raciste ». Je l’actualise au fil des spectacles. La dernière en date, c’est « Mon ami Zadiste ». Et l’autre jour, un mec m’a dit : Et « Mon ami complotiste » ? Je crois que je vais faire ça. Je m’intéresse à tout ce qui m’entoure. C’est ce que j’essaye de faire : parler d’aujourd’hui avec distance, ironie et de façon iconoclaste. Les Gilets Jaunes, c’est un peu touchy. Je ne parle pas des choses sérieusement. Comme sur « Polpot Park » qui est un parc d’attraction pour dictateurs. Il y a des sujets que je n’aborde pas comme le conflit israélo palestinien, la Syrie, etc.

Parce qu’on ne peut pas rire de tout ?
R.P. : Oui, on ne peut pas rire de tout. Les Gilets Jaunes, on peut rire du côté complotiste, mais pas de leur engagement. Je ne suis pas journaliste. Je suis éditorialiste déconneur et musicien.

Sur « Stairway to eleven » : vous êtes plutôt Roux Combaluzier ou Drieux Combaluzier ?
R.P. : A mon époque, c’était Roux Combaluzier. Et puis, Drieux Combaluzier, y’avait une syllabe de plus ! Ceci dit, en écrivant cette chanson. J’avais en tête bien sûr, la chanson de Led Zep « Starway to heaven », mais aussi ce film américain ou un mec concrétise son ascension dans l’entreprise par sa progression dans les étages de la boîte. Le gars est prêt à tout pour grimper les échelons !

Pourquoi certains morceaux ne font l’objet que de petites pastilles de moins d’une minute comme « La fête des Emirats » sur cet album ?
R.P. : Ce genre de petite respiration a été inventé par le père d’Eric Sera. Il était chansonnier et à inventé ces respirations ultra courtes. J’ai voulu reprendre cette tradition. C’est vraiment difficile à faire. Il ne faut pas tomber dans le mauvais jeu de mot. Il y en a plein que je n’ai pas enregistré et que je fais sur scène. Moi j’appelle ça le « twong », un mélange de tweet et de song : moins de 120 notes ! Ça ne veut rien dire évidement. Comme un petit gag.

Vous revoyez les anciens d’Odeurs et d’Au Bonheur des Dames ?
R.P. : Ceux qui sont en état oui ! Je revois Sharon et Shitty, Mais je ne bosse plus avec aucun musicien de l’époque Odeurs. L’alcool a fait beaucoup de ravage. L’âge, les maladies… Mais c’est une époque à laquelle je pense avec beaucoup de tendresse, parce qu’on c’est fendu la gueule ! On a commencé en 1979, on était dans la lignée d’Hara Kiri : Choron a fait notre première partie à l’Olympia. On avait une liberté incroyable même si je m’étais fait virer de toutes les maisons de disques de Paris. On a vendu 150 000 ex du deuxième album !

1979, c’est aussi la fin du punk…
R.P. : Oui, on avait fait une chanson sur le premier album qui s’appelait « Sexe Bazooka ». Un morceau écrit par notre parolier principal, le très anar Costic. Le titre figure d’ailleurs dans le double album l’Anthologie du Punk français. L’interview, c’est un vrai mec dans la rue ! En revanche de mon côté, je n’étais pas du tout punk. Moi, c’est la génération d’avant : le british Boom avec les Who, etc. Avec le punk j’avais un gros problème : la non maîtrise de l’instrument. Moi, je suis musicien. Ce qui ne m’empêche pas d’aimer les Pistols, les Clash, etc. Mais le fait de ne pas savoir jouer, ça m’a toujours dérangé. Tu vois, un groupe comme Police c’est avant tout des supers musiciens, même s’ils se réclamaient du punk.

Vous avez écrit pas mal de BO dans votre carrière : on écrit une chanson comme on compose une musique de film ?
R.P. :
Pas du tout. Pour un film, on se met au service de quelqu’un qui n’a pas toujours de référence musicale, qui ne te fait pas toujours confiance… Il faut soumettre pleins de maquettes… Ils ont des idées derrière la tête. En France et par rapport aux américains, on est assez rétrograde dans la musique de film. Je n’en fais plus trop. En revanche j’adore ça !

Pour votre disque, en studio, vous êtes seul ?
R.P. : Je suis entouré par tous mes amis ! Des fines lames. C’est ce que j’affectionne tout particulièrement : jouer ensemble. On a enregistré dans d’excellentes conditions au studio Vogue à Villetaneuse. Un studio tout en bois où les meilleurs sont tous passés, comme Dutronc, etc. On est parti mixer en Belgique. En revanche, je compose et programme tout seul chez moi. Mais sur scène, on va être quinze au Café de la Danse les 16 et 17 février. J’adore la scène et le public me le rend bien. C’est dommage qu’aucun tourneur ne vienne me voir ; qu’aucun festival ne me contacte. C’est difficile de faire bouger le monde !

Et le studio Ramses, que vous avez créé, existe encore ?
R.P. : Il existe encore. C’est devenu un studio de post production, de doublage. En fait, il y avait 2 studios : celui où j’ai enregistré tous mes albums qui était dans une cave et ceux de Michel Jonasz, Renaud, John McLaughlin… Ensuite, mon associé a monté un autre studio qui était du côté Luxembourg davantage orienté vers l’image. Les deux existent encore, on été racheté… Ils ne m’appartiennent plus depuis longtemps.

L’humour est devenu une chose sérieuse pour Ramon Pipin ?
R.P. :
J’ai toujours fait de l’humour très sérieusement. C’est d’abord un gros boulot d’écriture. Je peaufine au mot près. Je pense que pour dire des choses pertinentes, il faut bien réfléchir.

Dans l’écriture de vos chansons, le cinéma et ses images semblent une vraie source d’inspiration
R.P. :
Je suis très cinéphile, le cinéma étranger en général. Je viens de voir « Leto », le film russe sur un groupe moscovite. C’est ultra chiant ! La musique est pas terrible, bon ça d’accord… Pour Les Inrocks, c’est du très beau noir et blanc, ça parle de rock, de perestroïka, de répression (mais très vaguement) … Mais y’a pas de scénario ! ça ne raconte rien ! Et ça dure 2 heures et demi, bon courage. De toute façon les films sur le rock… Le film sur Queen c’est la même chose. Ça ne reflète pas la réalité. Il y a des tas d’erreur. 15 erreurs au total parait-il. Par exemples, quant ils partent en tournée américaine, ils interprètent un titre qui est sorti 5 ans après ! Freddie Mercury a les yeux bleus… Ils voulaient que ça dérange personne à mon avis. Et ce n’est même pas lui qui chante. Et puis, ça ne rend pas hommage à cette vraie démocratie qu’était Queen. Dernier exemple : pendant la séance d’enregistrement de Bohemian Rhapsodie, Freddie Mercury dit au batteur « Chante plus haut ». Ça ne veut rien dire. Quand tu es musicien, tu dis : « prends une tierce au dessus, une quinte au dessus… » Tu ne dis pas « chante plus haut ! ».

Quel est le bon film rock qu’il faut absolument voir ?
R.P. :
« Anvil ». Les mecs sont tellement passionnés. « Bird », j’adore, très beau film sur Charlie Parker. Celui sur Johnny Cash était très bien aussi.

Un bon livre de rock à nous conseiller ?
R.P.
 : Je viens d’acheter le bio de Bill Graham, qui est certainement bien. Je n’ai pas tellement aimé « Life » de Keith Richards. 600 pages, 400 sur la dope et quelques lignes à peine sur la musique. Il y a une bio qui est vachement bien, et je ne suis pas fan du mec, c’est celle sur Rod Stewart. Plein d’humour. Celle de David Crosby est bien également. Je l’ai vu sur scène : 74 ans, incroyable. C’est vrai, je lis beaucoup de littérature américaine. Là je lis un bouquin de Jonathan Safran Foer « Me voici » : 800 pages !

Vous avez réalisé vous-même ?
R.P. :
Oui, j’ai fait un court métrage. Après j’ai essayé de monter un log métrage pendant 8 ans, sans y arriver. Mais j’en ai tiré un bouquin. Ça parle de musique un peu, mais ce n’est pas un livre sur le rock. En revanche, il est introuvable, deux mois après sa sortie, mon éditeur a fait faillite. Je vais essayer de le ressortir. L’histoire m’a été inspirée par une scène d’un roman de Filip Roth. C’est drôle. J’ai réussi à écrire 3 pages sur les lacets de chaussure.

Vous écoutez quoi en ce moment ?
R.P. : Peu de truc français… Je ne voudrai pas dire du mal, mais bon. J’écoute beaucoup beaucoup de musique. Souvent des trucs pas très connus, des petits groupes. Au pinacle y’a XTC. Un des plus grands groupes, tous leurs albums sauf les 2 premiers. J’aime bien aussi Darlingside. Des américains, magnifique ! Mon frère qui a un excellent blog sur la musique a été les voir à Londres.
L’année dernière, on s’est fait un plaisir avec 40 potes et on a été voir un groupe hollandais : les Analogues. Ils reprennent les Beatles. Là, ils ont fait le double blanc en intégral. Tu meurs tellement c’est beau. Ils sont 30 sur scène : cuivres, cordes, etc. On était tous sur le cul. C’est parfait. Là, ils vont faire « Abbey Road ». J’attends qu’ils viennent en France. Ils font tout ce que les Beatles n’ont pas fait sur scène. Les places : 30€. Quand tu vois que tu payes 110€ pour n’importe qui à Paris. J’ai discuté avec le batteur. Je lui ai demandé s’ils étaient musiciens de studios, etc. « Non, pas du tout. Moi je suis le vice président de Tommy Hilfiger » ! Je pense que c’est lui qui finance tout ! (rire)

Qu’est-ce qui se passe avec les groupes français ?
R.P. :
J’adorai l’Affaire Louis Trio dont j’ai produit le premier 45t. Ensuite, je n’ai pas pu aligner les tunes et ils sont partis chez Barclay. Sur les groupes français, que te dire… J’ai fait un titre là-dessus sur mon album précédent : « Une chanson ennuyeuse ». Une chanson sur une seule note. Je dis : « La pauvreté musicale est l’apanage de nos artistes / Je trouve ça normal que de rester conformiste / Cette chanson est un calvaire / mais elle colle bien à l’époque / Je serai programmé à France Inter / Et chroniqué dans les Inrocks ».

Et les groupes bretons ?
R.P. :
J’ai plein de potes là-bas. J’ai une maison à Locquirec depuis 40 ans, dans le Finistère nord. Là où est Thomas Fersen. C’est là où sont mes copains Red Cardel. Mon guitariste, Pierre Sangra (ex Banlieue Est, ndlr), joue avec eux. Il joue aussi avec Charlélie Couture, Thomas, etc.
Au début des années 80, j’ai aussi bossé avec Marquis de Sade pour leur second album. Ils l’ont enregistré dans mon studio Ramsès à Paris.
Pour tout dire, le grand père de ma femme était sénateur de Plestin-les-Grèves et sa région.

En 2019, on peut encore monter un groupe de rock et en vivre ?
R.P.
 : La grande différence, c’est qu’on ne vend plus de disques ! On vit par la scène ou les droits de synchro et images, si tu as de la chance. Mais attention à ne pas vivre dans le luxe : la dernière fois, on était quinze sur scène ! Avec en première partie, les Excellents. On fait des parodies de classique au Yukulele.

Vous avez collaboré avec Renaud : vous avez des nouvelles ?
R.P. :
Il était au grand Prix de la Sacem à Pleyel début décembre. On m’a dit qu’il était dans un sale état. Moi, je l’ai vu il y a un an… C’est dur, c’est vachement dur. Je vais essayer de le faire venir au concert, mais pas sûr. Il m’avait aidé sur le dernier album, j’avais fait un crowdfunding.

Et cet album a été financé comment ?
R.P. :
Avec l’héritage de ma mère. Faire de la musique, c’est ma vie…

Qui vous a particulièrement marqué dans votre carrière ?
R.P. :
J’ai un souvenir incroyable sur mon deuxième album solo « Bye Bye vinyle ». J’ai fait une reprise de « Si tu vas à Rio » de Dario Moreno. J’avais été branché par une de mes choristes avec un musicien japonais, Yasuaki Shimizu. Ce mec qui ne parlait pas anglais, on est en 1988, est arrivé avec son saxophone et il a construit le morceau sans un mot. Il a fait la rythmique, les sax, les claviers, la partie de basse… Vraiment le plus grand musicien que j’ai rencontré. J’ai aussi eu la chance de jouer avec John McLaughlin, en invité, gratos : La simplicité même. Là, j’ai avec moi un guitariste fantastique, Brice Delage. Très investi. Vraiment fort.

On rigole en travaillant quand on bosse avec Dupontel ou Laurent Baffie ?
R.P. :
Quand on travaille avec Dupontel, on ne rigole pas du tout ! Mais on se revoit souvent ! Je l’ai rencontré en faisant son premier court métrage. Il est très fan d’AC/DC. Pareil avec Laurent Baffie. C’est un ami, je l’adore. Il est venu au dernier spectacle avec Bigard. Il m’a laissé un message tellement gentil ! J’aime bien aussi Bénureau. J’ai connu aussi Coluche. J’allais souvent chez lui. Desproges, également. Tu sais qu’il m’a écrit une chanson et je ne remets plus la main dessus ! Et celui que j’adore par-dessus tout en ce moment : Monsieur Fraize. Il faut absolument aller le voir !

Propos recueillis par Hervé Devallan
Site officiel de Ramon Pipin
Ramon Pipin sera au Café de la Danse les 16 et 17 février 2019
Chronique de l’album « Qu’est-ce que c’est beau« 

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