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Phil Pressing : « Je n’ai pas souffert de la séparation de Starshooter »

Phil Pressing serré
Créé en 1975 à Lyon, Starshooter fut un des premiers groupes de punk français, bien avant Asphalt Jungle, Téléphone et tous les autres. Il était composé de Kent Hutchinson au chant (aujourd’hui Kent), de Jello à la guitare, Mickey Snack à la basse et Phil Pressing à la batterie. On n’avait jamais revu ce dernier depuis la séparation du groupe en 1981. Rock Made In France l’a retrouvé sur les rives du Pacifique où il vit depuis trente ans. Rencontre californienne  exclusive avec Phil Pressing redevenu Philippe d’Anière.

Jérôme Enez-Vriad : Etes-vous d’accord avec Kent lorsqu’il dit ne pas vouloir reformer Starshooter car l’idée de reformation  « c’est nier toute une partie de sa vie, ça flatte une nostalgie qui n’est pas saine » ?
Phil Pressing : Totalement. Kent écrit subtilement ce que je ressens primitivement. Starshoot s’est séparé malgré un contrat confortable avec CBS, et une option pour deux albums supplémentaires. Nous avions 25 ans, même pas l’âge (27) du suicide rock n’roll, nous étions jeunes et le sommes restés aux yeux de public. Jeunes, beaux et mythiques !

Impossible de rejouer Machine à Laver et Loukoum Scandale, même pour un gros chèque ?
PP : Je n’ai plus retouché une baguette depuis notre séparation, mais pour un très, très, gros chèque…


Quelle a été l’influence de Starshooter sur les générations de musiciens qui ont suivi ?
PP : J’ai quitté la France en 1986 sans aucun contact pendant 15 ans. Ensuite, grâce à Internet, j’ai découvert des interviews de groupes « next génération » qui reconnaissaient une influence de Starshoot sur leur propre musique : Indochine, Noir Désir, La Souris, et quelques autres. Je me souviens d’un soir avec Indochine. C’était à  Lyon. Je rejoins les jumeaux au Sofitel et ils me regardent comme une star alors qu’eux-mêmes remplissaient le Palais des Sports quelques heures plus tard.  L’un des deux (je ne sais plus lequel, Stéphane ou Nicola) me dit : « On a créé Indochine après un concert de Starshoot, mais c’est surtout à l’écoute de votre deuxième album qu’on s’est dit qu’il était possible de faire du rock français. »

Quand on vit à West-Hollywood, la musique française a-t-elle encore une place face aux productions californiennes ?
PP : Oh là, je ne suis pas pédé ! Je ne vis pas à West Hollywood mais au bord de l’océan Pacifique. Pour ce qui est de la place de la musique française, elle m’est sincèrement égale. La France n’est plus grand chose dans le monde et sa musique non plus, en tout cas pas vu d’ici.

Justement, sur votre compte Facebook, vous tenez une chronique : Good Morning les bolcheviques ….. ! très critique à l’égard de la politique française. Vu des USA, à quoi ressemble la France d’aujourd’hui ?
PP : Good morning les bolcheviques fait partie de mes Chroniques Californiennes dont j’envisage faire quelques choses un jour. J’y évoque la politique socialo-bobo-végétarienne française. Pour les Américains, et c’est aussi me semble-t-il le cas pour le reste du monde, la France n’est plus qu’un pays de tourisme : Eiffel-Cruise-Ship.

Là, on est dans la caricature. Philippe d’Anière joue à Phil Pressing…
PP : Détrompe-toi. La France est mon pays et même si je n’ai plus son heure à ma montre, le voir s’affaisser dans la socialo-bobocratie-islamiste me consterne. Au début, toute cette chienlit m’attristait, maintenant elle m’est presque égal. Certains jours, je me sens concerné, les autres, je m’en moque totalement. Je la commente sur Facebook pour entretenir mon français, ma grammaire et  mon orthographe. Pour la notoriété aussi, et par là-même cultiver mon ego.

Phil pressing Philippe daniereVous êtes issu d’un milieu aisé, instruit, cultivé ; comment passe-ton des Beaux-Arts au punk-rock ?
PP : J’ai eu beaucoup de chance dans ma vie. En tout cas, je l’ai saisie chaque fois qu’elle est passée. D’abord celle d’avoir effectivement reçu une éducation bourgeoise, gréco-latine, chrétienne et voltairienne, qui m’a offert les codes nécessaires afin d’agir comme il se doit dans les différents milieux. De fait, le grand écart entre le beau monde et le punk ne fut pas difficile à gérer ; avec, une fois encore, la chance inouïe d’avoir fait partie d’un groupe à succès alors que rien n’est jamais acquis, le succès moins encore que le reste. Combien y avait-il de groupes en mal de notoriété à l’époque ? Nous sommes parmi les rares à être sortis du lot. Tant mieux ! Car les probabilités équivalaient à gagner le Big One au Loto.

Après Starshooter, vous investissez dans une bijouterie à Lyon ?
PP : L’erreur de ma vie avec la  pochette du second album de Starshoot.

Pourquoi une erreur ?
PP : Nous étions au début des années 80 et ce fut une très grosse erreur de monter un business dans une France socialiste refermée sur elle-même.

Starshooter-Mode 1979Et que s’est-il passé avec la pochette du second album ?
PP : J’en suis responsable à 90 %. Ce fut un désastre. Mais j’en parlerai plus tard. Dans mes mémoires.

Ensuite vous côtoyez le « milieu » lyonnais par l’intermédiaire de votre future épouse. Ce qui vous mène à fuir la France pour les USA…
PP : Je ne fais pas que le côtoyer. Je sors, dîne et couche avec toutes les plus belles prostituées de l’axe Paris-Lyon-Marseille. Après mon mariage, je suis accepté  par le milieu. Une rafle importante impliquant anti gang, douanes, stups, brigade mondaine, etc., y aidera aussi, car  trois jours d’interrogatoire plus tard, je n’avais balancé personne. Ça aussi, j’en parlerai dans mes mémoires.

Vos mémoires ?
PP : Faisons de cette interview le teaser de mes mémoires, et passons au tutoiement.

Tu évoques les premières années américaines comme étant celles des voitures de sport, de la cocaïne, Las Vegas, Dollars, Hollywood Party et folies californiennes… Bien entendu, ce sera dans tes mémoires ?
PP : T’es pas grand, t’es pas épais mais t’as tout compris ! (Sourire) Oui, ces années recoupent celles  où je manageais  mon business de vêtements et 300 employées Downtown L.A.

Que fais-tu aujourd’hui à Los Angeles ?
PP : j’ai un business de restauration de bateaux classiques : Chris Craft, Riva, Trojan, Leyman 1930 à 1950, et Fiberglass 1950 à 1980.

Après toutes ces années, tu aurais pu revenir le faire en France ?
PP : En fait, je me suis planté : t’as pas tout compris !

Starshooter-photoPeut-être mais ma question est sérieuse. Pourquoi être resté aux USA ? Je vais t’aider : était-ce pour des raisons juridiques ?
PP : Ok  ! Si c’est sérieux, je me dois de répondre. Pendant quelques années, je suis effectivement resté discret sous les palmiers pour échapper au souvenir de la police française – et pas à celui de la justice, merci de noter la différence. Mais ce n’est pas la raison principale. Je suis arrivé à Los Angeles avec $300 en poche, accompagné de mon pote Franck Dubary. Nous partagions une chambre de West Hollywood (ça va te plaire !), j’ouvre la télé au milieu de la nuit et… Freedom !… je tombe sur HBO, movies all night ! quand en France on en était encore à l’ORTF, dodo et grésillage à partir de minuit après Pimprenelle et Nicolas !  Le déclic fut révélateur. Tout semblait possible. A tel point qu’un an après j’achetais cash ma première Porsche Carrera. Un convertible cuir noir sur noir. Quinze ans plus tard, Franck revendait son business (Technomarine) pour  $120 millions. Ne va surtout pas croire que je raconte ça pour faire le beau, du tout, c’est juste pour te dire qu’en France il n’est plus possible de rêver à cette échelle. Et encore ! Quand je dis échelle, c’est une image, parlons plutôt d’escabeau.


Beaucoup de français célèbres vivent à Los Angeles, et certains WeHo (West Hollywood), tu fais donc partie des french-expat ?
PP : Yes  

Des noms ?
PP : T’es fou ! Je n’ai rien dit après trois jours d’interrogatoire intensif, alors tu n’imagines pas… (Il réfléchit quelques secondes) Non, je ne veux pas.

Quel regard Phil Pressing porte-t-il sur le parcours de Philippe d’Anière ?
PP : Kent a longtemps souffert de Starshoot parce qu’il est resté dans le buisines de la musique et qu’en France, aux yeux de tout le monde, on est ce qu’on était avant d’être ce qu’on devient. Philippe d’Anière a, lui, très bien vécu la rupture. La question est néanmoins intéressante, je la développerai dans mes mémoires qui, du coup, s’annoncent beaucoup plus longues que je ne le pensais.

Parfait. J’ai ce qu’il faut pour l’interview. Tu m’emmènes boire un verre ?
PP : C’est tout ?

Le reste sera dans tes mémoires, non ?
PP : (Sourire) Ok. Où va-t-on ? Corona tacos ?

As U want, c’est toi l’Angelinos, je te suis dés que tu auras répondu à l’ultime question.
PP : Dis-moi.

Si tu avais le dernier mot, Phil ?
PP :  Hasta la vista Babeeeee… !

Propos recueillis par Jérôme Enez-Vriad le 2 juin 2015
Copyright J-E.V. & RMIF

Portrait de Philippe d’Anière – Copyright Emmanuelle Choussy




3 thoughts on “Phil Pressing : « Je n’ai pas souffert de la séparation de Starshooter »

  1. PunkIsDead

    Il critique la France salement alors qu’il doit tout à son pays qu’il a délaissé pour des histoires sordides !
    Il donne des leçons de moral mais fuit face à ses responsabilités.
    En fait, les jeunes punks des années 70 sont pour la plupart devenus des vieux cons aujourd’hui ! Les « vieux » qu’il critiquait hier, c’est lui maintenant !

  2. Pingback: [Dimanche en chansons #22] Starshooter, une histoire du rock à Lyon – Pichenettes

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