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Didier Wampas : « 3.000 euros par mois. Je ne suis pas à plaindre »

Les Wampas fêteront leurs quarante ans de bons et loyaux services d’ici quelques mois, alors à l’occasion de la sortie de leur treizième album Sauvre Le Monde, on s’est entretenu (longuement) avec Didier. Presque quatre décennies de carrière, ne pouvait se résumer en quelques lignes.

Comment s’est fait la rencontre avec Lionel Liminanas qui a produit cet album ?
Didier Wampas : Par hasard, au début c’est le Directeur Artistique de Verycords qui est copain avec Lionel et qui a proposé cette idée. Alors j’ai répondu : Ho c’est un peu débile. Parce que nous on fait du punk garage, lui aussi, je ne vois pas ce qu’il peut nous apporter. Ça servira à rien. Et finalement on s’est rencontré avec Lionel, il est venu à la maison, on a bu un coup. A Sète on est allé à la plage tout ça. On a discuté et je me suis rendu compte qu’il était fans des Charlots aussi et de plein de trucs comme ça, et là je me suis dit : Ha il est quand même plus ouvert, alors essayons ! Si c’était juste pour parler des Sonics ou de Music Machine ça l’aurait pas fait.
D’habitude, les producteurs arrivent une fois que les morceaux sont faits. Mais là j’étais tout seul chez Lionel avec ma guitare, un ampli, un micro. Après il a mis des arrangements dessus et on est parti sur cette base là, donc, c’est vachement bien.

Est-ce pour ça que vous n’aviez jamais travaillé avec un autre producteur ? Pour Les Wampas Vous Aiment (1990) par exemple, il n’y avait personne ?
Didier Wampas : Les Wampas Vous Aiment c’est un peu différent, on jouait moins bien déjà à l’époque, on était plus borderline. C’était plus facile de rentrer dans l’histoire, que maintenant on sait jouer, on est un peu rodés. C’est dur de sortir quand tu sais bien jouer, sauf moi, je ne sais pas bien jouer. Il y avait Andy Lydon mais plutôt comme ingé son.

Tu joues ?
Didier Wampas : Je joue de la guitare. Je me suis éclaté, on était à ICP (studio à Bruxelles), et il y a des armoires et des armoires de pédales. Et moi je mettais plein de pédales au hasard, je branchais à la suite. Je branchais n’importe comment, et l’ingé son Jim Diamond s’arrachait les cheveux. Lui il arrive du garage, il arrivait avec ses fuzz bien réglées, il joue dans un groupe de garage (Dirtbombs). Ça sonne oui, mais ça sonne comme 10.000 trucs que tu as déjà entendus, et là on a réussi à briser ça.

Mais ta voix reste unique !
Didier Wampas : Après trois jours à essayé de la modifier il m’a dit : OK tu fais comme tu veux.

Qui reste dans les Wampas des débuts ?
Didier Wampas : Bah Nico (Nicolas Schauer), sauf le premier 45 tours, il est là depuis le premier album, le batteur. Jean-Mi (Jean-Michel Lejoux) est là depuis ’91 ou ’92 (en fait 1995 NDR).

L’ex Dogs, Antoine Masy-Perier dit Tony Truant est là depuis quand ?
Didier Wampas : Depuis quinze ans (uniquement sur scène au début). Il ne s’est pas absenté, et puis Effello le petit guitariste qui est là depuis cinq ans.

Tu es le seul survivant, un peu comme Nikolas Sirkis d’Indochine alors.
Didier Wampas : Bah ouais.

Et il y a une histoire aussi tragique, avec la disparition de Marc Police.
Didier Wampas : C’est vrai, il y a des rapports avec Indochine, la mort du guitariste.

Tu as bossé avec Indochine ?
Didier Wampas : J’ai fait un morceau (« Harry Poppers » en 2005) et deux trois concerts.

Financièrement parlant ?
Didier Wampas : Au Stade de France, on a joué vingt minutes, c’était payé 5.000 euro.

C’était quoi l’idée quand tu montes les Wampas ?
Didier Wampas : Moi l’idée c’est que j’ai 15 ans en ’77 et je vois le Clash à la télé. J’ai 15 ans, je n’étais pas bien dans ma peau, je ne savais pas quoi faire dans la vie, je ne travaillais pas bien à l’école je m’en foutais, je n’avais pas de but, et quand j’ai découvert le rock and roll ça m’a sauvé. Ça m’a donné une raison de vivre, déjà d’en écouter pendant des années tout seul dans ma chambre au casque. Et je me suis mis à lire Rock & Folk, Best, et c’est devenu comme toi je suppose, c’est devenu ma vie le rock and roll. Et je me disais qu’il faudrait que je fasse un groupe, mais je n’osais même pas me l’avouer. Et puis j’ai rencontré un autre punk au lycée, et puis après encore un autre et voilà, on a fait un groupe. Un groupe de rock and roll, c’était le but de ma vie.

Ça devient sérieux quand ?
Didier Wampas : Tout de suite, en ’82. On s’est dit : On va répéter trois fois par semaine quoi qu’il arrive. On répétait à Argenteuil.

Les débuts sont plus rockabilly ?
Didier Wampas
: Oui psycho. On était fans des Meteors, des Cramps tout ça. Le but c’était vraiment de faire ce que les Cramps avaient fait avec le rock and roll américain, moi j’étais fan de rock français, je voulais vraiment mélanger yéyé et le punk. C’était mes deux musiques préférées.

On ne peut pas lire un article sur toi sans lire ta fascination pour Mike Brant, mais ce dernier n’était pas yéyé.
Didier Wampas : Ça c’était avant les yéyés, je n’avais pas de grand frère, donc j’ai grandi dans les années 1970 en écoutant le hit-parade d’Europe 1. Donc quand il y avait Bowie qui faisait « Rebel Rebel », les Rubettes ou « Walk On The Wild Side » qui passaient j’étais content, mais pour le reste je prenais tout ce qui passait. Et du coup j’achetais Hit, Podium, et je découpais les chansons que je collais dans des papiers. J’étais vraiment fan. J’étais vraiment amoureux de Joëlle d’Il Etait Une Fois.

Et tu as écrit tout de suite ?
Didier Wampas : Oui, on n’a jamais voulu faire de reprises, première répète on a fat une chanson des Wampas, « Dracu Bop » je crois.

Et la personne qui fait le graphisme du ce premier 45 tours travaille pour la campagne Guerlain, la campagne La petite robe noire, Florence Degas.
Didier Wampas : On m’en a reparlé effectivement, mais je ne l’ai pas revu depuis.

Le premier 45 tours comment ça se passé ?
Didier Wampas : C’est un label monté par Rascal (le même que celui de la chanson de Pigalle « Rascal et Ronan »), mais l’argent est celui de Sara-Jane Richardson. C’est Rascal et Sophie (dite la duchesse) qui sont venus à la répète, je connaissais vaguement ce dernier des concerts. Nous on n’était pas le genre à chercher un manager, on s’en foutait, mais Sophie l’a ramené un jour et il nous a dit : Je vais m’occuper de vous.

C’est Rascal votre premier manager ?
Didier Wampas : Oui tous les débuts c’est lui.

Les Wampas vont passer à travers plusieurs modes, vous abandonnez le psycho pour le rock presque façon Johnny j’ai envie de dire.
Didier Wampas : On a fait le premier 45 tours et le premier album Wampas (1986) avec Alain (Alain Marietti, futur Happy Drivers) qui voulait vraiment faire du rockab’, avec la contrebasse et tout, mais moi je me suis dit : J’aime plein de trucs, plein de rock and roll, je ne vais pas me cantonner toute ma vie à faire du psycho. En plus, on commençait à jouer dans les festivals psycho en Allemagne, et on s’est retrouvés dans un festival néo nazi. Je voulais laisser tomber le psycho, ça ne m’intéressait pas. Je voulais faire des slows, n’importe quoi, mais Alain était vraiment trop carré, trop psychorigide. Donc on s’est séparé d’Alain, et on a pris Ben Sam (Nicolas Kantorowicz) et là c’est parti, on a fait tout ce qu’on voulait. Du rock and roll sans se poser de questions, à partir du deuxième album Chauds, Sales Et Humides (1988) on se foutait de ce qui se faisait ou pas, et de ce que les gens aimaient ou pas.

A partir de quel moment vos trouvez votre vitesse de croisière ? A partir de « Petite fille » extrait du troisième album qui passe en radio ?
Didier Wampas : Bah oui oui. Dés le deuxième album c’est les Wampas d’aujourd’hui, pour moi c’est la même chose.

Il y avait qui ?
Didier Wampas : Ben Sam et Marc Police à la guitare, Nico et moi. Dés ce disque c’est les Wampas d’aujourd’hui.

Est-ce que la scène est solidaire, quel est l’impact du succès des Bérurier Noir ?
Didier Wampas : Nous on n’était pas chez Bondage, les groupes de ce label vont ensemble, les Washington Dead Cats, les Satellites, les Béru… Ils jouent ensemble, nous on est à part. Les Béru nous aimaient bien, on s’aimait bien entre nous, mais on ne jouait pas ensemble.

Un groupe comme Les Coronados ?
Didier Wampas : C’est le groupe que je suivais avant de faire les Wampas, quand je suis arrivé à Paris, je me suis mis à traîner, je les ai vu au Golf Drouot et là c’était la révélation. Je les suivais partout, en province, je voyais tous leurs concerts. J’étais super fan des Coro. Pour moi c’est LE groupe qui a compté le plus à ce moment là en France.

Les Wampas Vous Aiment, c’est toi qui fait la pochette ? Qui entend-on au début « Y a qu’à mettre tout à fond, qu’est-ce que vous faites chier à baisser vos merdes là ? », Rascal ?
Didier Wampas : C’est Claude Wagner, l’ingénieur du son qui est mort il y a quelques années. Il était en studio à côté de nous, il faisait le con et voilà.

A cette époque-là vous jouez avec Vincent Palmer.
Didier Wampas : C’est Ben Sam qui l’a rencontré et lui a proposé. Vincent est venu, moi j’étais fan de Bijou aussi, avant les Coro c’était Bijou. Pour moi Ok Carole c’est le meilleur disque de rock français de tous les temps. Et j’étais super content, super fier de jouer avec Palmer. Il a joué un peu avec nous, on a joué un peu en banlieue, il venait faire le rappel avec nous tous les soirs. Et on a joué un morceau avec lui, produit par lui sur la compilation du gros de Boucherie, Ma Grand-Mère Est Une Rockeuse (1992), une reprise de Piaf qui s’appelait « J’ai dansé avec l’amour ».

Donc il y a une connexion avec boucherie ?
Didier Wampas : Bah oui j’étais voisin avec le gros, on habitait dans le 13ème. C’est moi qui l’ai lancé dans ce truc-là, à cette époque il faisait des bals folks, il ne connaissait personne, on était voisin, et un jour je l’ai pris en première partie des Wampas, le groupe qui s’appelait Pigalle. C’est moi qui l’ai introduit dans ce milieu, et après, il est venu avec sa sono aux barrocks. Quand on a joué au Jimmy’s c’est sa sono…

Il y a un truc qui change avec le succès de « Petite fille » ?
Didier Wampas : Oui, on est passé un peu à la radio, il y a eu un peu plus de presse. C’est parti un tout petit peu.

Et là il y a Marc Police qui se suicide (le 21 décembre 1991).
Didier Wampas : Voilà. Il y a la mort de Marc et là c’est la grosse rupture dans le groupe, on était vraiment paumés parce qu’il faisait plus que partie du groupe. C’était vraiment le compositeur, mon meilleur ami, enfin tout quoi. C’était dur. On n’a pas voulu arrêter, quelque part pour Marc, c’était débile. Et là on a pris Philippe (Almosino, NDR), pareil c’était encore une idée de Ben Sam. Et voilà, mais moi j’étais un peu paumé là, je ne savais plus du tout, la chance qu’on a eut à ce moment-là c’est de signer chez BMG et d’avoir de l’’argent.

Vous avez signé ?
Didier Wampas : Juste avant la mort de Marc.

Et à cause du succès du troisième album ?
Didier Wampas : Oui surement. Et là on est partis à Londres, on a eu de l’argent, avec un producteur, mais moi j’aime pas ce disque, Simple Et Tendre (1993). C’est le seul disque que je ne peux pas écouter. Ce sont des morceaux de Marc joués par Philippe, c’est très bizarre. C’est le seul disque qui a été fait à l’ancienne, la batterie à part, tout le monde à part en studio. Le matin je faisais une voix témoin, après ils posaient une batterie dessus, avec un bassiste qui venait d’Amérique (Chris Black, NDR). C’était plus un groupe, je comprenais rien, mais grâce à l’argent, on a fait un disque qui tenait debout. Il y a plein de gens qui l’adorent ce disque.

Il y a eu un livre écrit sur le suicide de Marc Police, Les Portes de la Perception de Yannick Bourg. Qu’est-ce qui s’est passé ?
Didier Wampas : Marc a toujours été super mal dans sa peau, le premier concert qu’il a fait avec nous, à la fin, il me disait : Je suis trop vieux je veux mourir. Déjà c’était un peu… Dés qu’il était bourré, il était comme ça, je suis trop vieux je veux mourir. Sinon, on a tous connu des gens dépressifs, il n’avait que trois ans de plus que nous, mais dans sa tête il avait tout raté. Il avait raté le punk, il était arrivé trop tard. Je suis trop vieux, c’était vraiment son truc. C’est marrant aujourd’hui à l’âge qu’on a de penser que quelqu’un qui a 30 ans est persuadé qu’il est trop vieux.

Philippe Almosino il vient d’où ?
Didier Wampas : Il jouait dans les Conquérants je crois.

Il joue avec vous quinze vingt ans.
Didier Wampas : C’est bizarre cette histoire avec Philippe, il arrive dans le groupe et au début je suis mal à l’aise. On était vraiment un groupe de potes avec Ben Sam et Marc, et puis on était vraiment tout le temps ensemble. Et se retrouver tout à coup avec un type qu’on a pris parce qu’il jouait bien, qu’il jouait comme Marc mais avec lequel on n’a pas vraiment d’affinités spéciales, puis un bassiste avec qui je n’ai pas d’affinités réelles. Baudrillard (Christophe, NDA), parce que l’américain est parti et pareil la tournée qu’on a fait je n’étais pas à l’aise du tout, je me suis dit : Mais qu’est-ce que je fais sur scène ? Et c’est là que j’ai commencé à m’habiller n’importe comment.

En réaction ?
Didier Wampas : Je ne pouvais pas faire un groupe normal et m’habiller en jean tee-shirt. C’était plus ça, les musiciens qui étaient là et les morceaux, je ne me retrouvais pas vraiment. Je me suis mis à m’habiller n’importe comment et faire n’importe quoi sur scène, j’avais besoin.

Et ça va plutôt bien marcher cette période.
Didier Wampas : Oui oui ça a bien marché et c’était bien. Ensuite on a trouvé un certain équilibre parce que Philippe c’est un mec super qu’a plein de qualités, qui joue super bien de la guitare déjà. Et qui va vachement vers les gens. Il m’a vachement aidé, je me suis mis à jouer de la guitare c’est lui qui m’a aidé. Il trouvait mon son, il me réglait mes trucs. J’ai pas touché mon ampli quand il était là. Il réglait tout, il essaye d’aider les gens vachement, c’est un mec bien Philippe. Et ça a fonctionné comme ça.

Qu’est-ce qui te pousse à jouer de la guitare ?
Didier Wampas : Bah parce que Philippe composait pas. On a commencé à faire des maquettes mais ça ne fonctionnait as, il a commencé à composer avec des morceaux un peu lents torturés et ça marchait pas. C’était bizarre. Donc j’ai pris une guitare, j’ai fait « C’est l’amour » et je me suis dit : C’est pas dur de faire du rock and roll. Et j’ai continué. Depuis trente ans c’est moi qui compose.

Le succès de « Manu Chao » (2003), quinze ans après qu’est-ce que tu peux m’en dire ? Vous allez jouer au Zénith de Paris pour la première fois de votre vie.
Didier Wampas : C’est le hasard total, c’était pas parti pour faire un tube, on n’a pas essayé de faire un tube. Ce morceau-là quand je chante je hurle, je bave. J’ai jamais chanté aussi mal que sur ce truc-là. J’essaye pas de chanter gentiment, mais tout d’un coup, tu ne sais pas pourquoi et il y a un morceau qui accroche. Le patron d’Universa Pascal Nègre, que je n’ai jamais rencontré, nous on était chez Atmosphériques, distribué par Universal, a dû entendre le morceau. Ça l’a fait marrer, il a bouffé avec le patron de NRJ Max Guazzini qu’était son pote. Ce dernier l’a passé et ça a démarré. Quand NRJ te passe les autres suivent, ça tient à rien.

Et le clip sera tourné à La Nouvelle Eve, sans Manu.
Didier Wampas : Il a été un peu vexé.

C’est quelqu’un que tu connaissais ?
Didier Wampas : Oui depuis les Hot Pants, le début de La Mano surtout Mais c’est un mec cool, c’est vraiment un mec bien Manu, il est un peu bizarre aujourd’hui évidemment, il est parti dans d’autres sphères. Quand ça marche trop, tu perds un petit peu pied avec la réalité obligatoirement, mais c’est un mec bien. Il nous avait emmené au Japon par exemple avec La Mano en ’91, il n’était pas obligé. Il nous a toujours aidé. C’est vrai, après je me fous un peu de sa gueule, mais c’est pas de lui que je me moque, c’est de tous ces gens qui revendiquent plein de choses et qui à côté font comme tout le monde. Manu Chao il vend son disque chez Carrefour comme tout le monde. Quand t’es contre la mondialisation, tu vends pas ton disque chez Carrefour. Comme Noir Désir qui vont aux Victoires de la Musique et qui gueulent contre Universal, mais l’autre il y a est toujours trente ans après. Si t’es contre Universal tu te barres, c’est pas compliqué.

Bertrand tu le croises encore ?
Didier Wampas : Quand on joue à Bordeaux, une fois ou deux il était dans les loges oui. Ça fait bizarre, il y a un malaise toujours, c’est bizarre, il rigole, il a l’air tellement bien dans sa peau, il est heureux de faire des blagues. Tant mieux pour lui qu’il soit pas déprimé et au bord du suicide mais ça fait bizarre de le voir aussi rigolard à chaque fois.

Il y a une chanson sur cette thématique sur ton nouvel album « Roy ».
Didier Wampas : Dans Rock & Folk, HM écrit qu’il n’aime pas trop, Oui on peut être sympa et voter FN mais ça veut rien dire. Evidemment, je ne parle pas d’un truc général, je parle d’un cas concret. C’était un type Roy qui travaillait avec moi, qui est mort il y a quelques années, Sa femme m’avait envoyé un petit message sur Facebook : Personne ne parle de lui, si on pouvait faire quelque chose, ses anciens collègues pour sa mémoire… Il travaillait avec moi à la RATP, c’est une histoire vraie. Mais l’idée n’est pas de réhabiliter les gens qui votent FN, c’est pas du tout ça, mais lui c’était vraiment un mec qui bossait avec moi et qui avait tous les torts. Enfin, tout ce qui ne va pas : il était vraiment alcoolique, il votait Front National… Quand on était en bagnole avec lui : Hey bougnoule tu vas t’faire écraser ! Mais à côté de ça c’était vraiment le mec le plus gentil que j’ai connu d’ma vie, ça fait vraiment bizarre. Comme je dis dans la chanson : A quel moment ça a merdé ?

Ça va pas inciter les gens à voter FN.
Didier Wampas : Bah j’espère que non, ils sont plus intelligents que ça. Je suis clair dans la chanson, j’ai hésité à la mettre sur l’album, je me suis dit : Il y a bien des cons qui ne vont pas comprendre.

Il y a deux chansons sur cet album qui sont inspirées de ta vie, tu en as besoin ?
Didier Wampas : Bah normalement non. Mais t’y peux rien, quand t’écris, à moins d’être un romancier, c’est mieux quand tu t’inspires de ta vie, mais j’ai pas envie de le faire souvent. J’aimerais bien me cacher, mais tu ne peux pas non plus, c’est toujours un combat. Qu’est-ce que je mets de moi, qu’est-ce que je ne dévoile pas ?

Si on inverse la logique, tu n’as aucun problème de thune !
Didier Wampas : Je suis loin d’être riche, j’ai 1.865 euro de retraite RATP et quelques centaines d’euro par concert, voilà. Loin d’être riche mais j’arrive à vivre, 3.000 euros par mois en gros. Je ne suis pas à plaindre.

Parce que tu as toujours travaillé à la RATP, tu ne voulais absolument pas arrêter.
Didier Wampas : Non. Je ne voulais pas être dépendant des maisons de disques, mais c’est vrai. Quand on a fait un disque chez Universal, je pouvais me dire : C’est la chance de ma vie, on est chez Barclay, c’est la meilleure maison de disque française, faut vraiment que ça marche. Mais non, j’en avais rien à foutre. On a fait un disque de garage Les Wampas Sont La Preuve Que Dieu Existe (2008) qui est inécoutable pour le grand public, on en avait rien à foutre. Ça m’a fait marrer et on s’est fait virer. Sinon, j’aurais pas pu être comme ça, il me faudrait mes 40 cachets, il faudrait que j’ai une maison de disques. Je n’ai pas envie de rentrer là-dedans, j’en ai rien à foutre.

Tu ne t’es jamais inscrit à l’intermittence ?
Didier Wampas : Tu peux pas, quand tu travailles, tu peux pas. C’est le chômage l’intermittence, même aujourd’hui je suis à la retraite je ne peux pas être intermittent. Donc je ne serai jamais intermittent de ma vie, je peux m’en moquer.

Ce que tu as fait plusieurs fois.
Didier Wampas : Oui c’était rigolo de s’en moquer, quand il y a eu ces grandes grèves il y a quinze ans, dans les loges des festivals je marquais Des charters pour les intermittents, des conneries comme ça. Et le concert à l’Olympia a failli être annulé à cause de ça, tous les techniciens ont voté pour savoir s’il fallait qu’ils se mettent en grève.

Il y a un autre guitariste important dans l’histoire du groupe, c’est Tony Truand.
Didier Wampas : Oui, Jo (Joseph Dahan) l’ex bassiste de La Mano qui était guitariste avec nous, souvent il n’était pas là. Il faisait des trucs à côté et Tony le remplaçait, et on lui a dit : Reste avec nous au lieu d’aller et venir. Et moi je me sentais bien avec Tony, j’aimais bien l’avoir à côté de moi sur scène. C’était pas pour me moquer, c’est pas vraiment pour ses talents de guitariste qu’on l’a pris mais plutôt pour son look. Je rigole à moitié, ça me faisait du bien de me retrouver avec un mec qu’avait la même histoire que moi. Il a un peu le même âge que moi, on vient de la même scène, et maintenant on habite dans la même ville, à Sète. Excuse moi Tony mais c’est plus pour ton look que je t’ai pris que pour ton jeu de guitare. C’est con mais c’est important aussi pour un groupe de rock. Je me moquais souvent de ton frère, à propos de ça on en parlait.

Tu as quand même des tatouages !
Didier Wampas : Ça fait 40 ans. Pour moi, pour faire du rock and roll, les gens qui te disent : Faut telle guitare, telles chaussures, alors que c’est tout le contraire. Johnny Ramone il achète une Mosrite parce que c’est la moins chère, c’était pas parce que cette guitare était culte !

Pourtant tes guitaristes ne jouent pas sur des Aria.
Didier Wampas : Sauf moi ! Et l’autre jour j’étais content j’ai acheté une Epiphone à 90 euro et je vais monter sur scène avec. Je serai mal à l’aise avec une guitare à 3.000 euro.

Tu as fait référence à Johnny Hallyday plusieurs fois dans tes chansons, tu l’as rencontré ?
Didier Wampas : Non, jamais. Je ne suis jamais allé le voir en concert non plus. J’avais envie d’y aller, mais en même temps j’avais envie de garder mon idée, il y a tellement de trucs que je suis allé voir où ça m’a cassé. Les Sex Pistols en ’97, j’aurais jamais du y aller.

Et quand Philippe Almosnino va le rejoindre ?
Didier Wampas : Je ne l’enviais pas du tout. Je n’ai jamais voulu écrire pour Johnny par exemple, on m’a proposé. J’avais écrit une chanson pour lui, je lui ai même pas envoyé et je l’ai gardé, « Christine » (sur Rock’N’Roll Part 9). J’avais pas envie de rentrer là-dedans.

Et l’ex guitariste des Wampas qui devient le guitariste de Johnny est-ce une fierté ?
Didier Wampas : Non, non c’est pas une fierté. C’est marrant.

Ça aurait détonné un album Wampas-Johnny.
Didier Wampas : Tu sais comment ça marche, c’est un trop gros truc. Quand tu fais une chanson pour Johnny, on te change tout : Ce mot c’est pas bien, cette phrase c’est pas bien… J’ai pas envie.

C’est quelque chose que tu n’as jamais fait.
Didier Wampas : Ecrire pour les autres j’ai pas envie. J’ai fait une chanson pour Indochine, Nikolas m’a demandé d’écrire une chanson. En fait j’ai pris des bouts de trucs qui me servaient pas, je les ai collé ensemble et je lui ai envoyé comme ça.

Tu écris comment ? Tu notes des phrases dans un cahier ?
Didier Wampas : Au minimum, j’arrive dans le studio le plus vierge possible.

Sur les musiques ?
Didier Wampas : J’écris plein de chansons en yaourt chez moi tout l’temps. J’enregistre quelques trucs sur mon iPhone, mais là par exemple j’ai fait exprès d’arriver avec rien, zéro. J’ai tout écrit en studio. C’est un challenge, mais c’est dur.

Le titre de l’album ?
Didier Wampas : C’est Sauvre Le Monde. C’est le producteur américain, Jim Diamond, qui a mal écrit le titre, on l’a gardé.

Et la pochette c’est ton torse ? Un selfie ?
Didier Wampas : Non non ce n’est pas moi qui l’ai prise, mais c’est pareil. Autant les faire soi-même, c’est mieux et c’est plus personnel, c’est comme les paroles. Dans le temps les gens ne faisaient pas les paroles. Après les gens se sont mis à écrire leurs paroles, et puis les pochettes. Mais plus tu fais les choses toi même mieux c’est. Les gens en voyant la pochette auront un peu de moi, de nous, enfin des Wampas quoi. Si c’est un mec qui fait la pochette il saura pas. A moins d’avoir quelqu’un de vraiment proche de toi.

On a cru un moment que les Wampas allaient arrêter, tu as fait deux disques solo sous ton vrai nom Didier Chappedelaine, et un autre en groupe Sugar & Tiger.
Didier Wampas : Le premier est un hasard total, c’est bien tombé d’ailleurs, parce que c’est un moment où ça tournait en rond avec les Wampas. On avait fait des maquettes mais ça tournait en rond. On s’est fait virer d’Universal, Marc Thonon d’Atmosphériques me branche, il voulait nous resigner, un jour je vais dans son bureau il me propose un disque solo. Je lui dis c’est hors de question. C’est jamais bien un disque solo après un groupe, et là il y avait Bertrand Lamblot, un producteur (qui travaillera avec Johnny) qui m’appelle et me dit : J’aimerais bien retravailler avec les Wampas. C’est lui qui nous avait signé quand on a fait Simple Et Tendre. Là il me propose d’aller faire des maquette s à Los Angeles. Alors là je lui dis oui.

Tu savais que ça allait sortir sous ton nom ?
Didier Wampas : Pas du tout. Je savais juste que j’avais la possibilité d’aller à Los Angeles une dizaine de jours. Et là je me retrouve dans un garage avec deux mecs et ça a collé, je me suis dit : Pourquoi pas ? Ça m’a fait du bien, et puis après j’ai tourné avec Bikini Machine. Et là j’étais tellement content de tourner avec eux, ça m’a fait vachement de bien, je suis reparti à zéro complètement. De nouvelles chansons, de nouveaux musiciens, j’avais perdu tous mes repères. C’était super dur mais c’était super bien.

Et après tu es revenu avec les Wampas ?
Didier Wampas : Oui, je n’ai jamais voulu arrêter les Wampas.

Ça n’arrêtera jamais.
Didier Wampas : Non, mais ça m’a fait du bien.

C’est comme les Rolling Stones ou La Souris Déglinguée alors.
Didier Wampas : Oui mais eux ils font deux concerts par an, c’est facile du durer 45 ans ! J’avais une cassette des Rolilng Stones quand j’étais môme, avant le punk quoi, j’étais vraiment méga fan. Mais j’ai jamais réécouté les Stones sauf hier soir, j’étais chez Effelo et sa copine a mis un disques des Stones, celui avec un lion j’sais pas quoi (Bridges To Babylon, 1997). Mais c’est horrible ! C’est affreux, affreux, affreux. T’as l’impression que c’est tout ce qu’il y a de plus pourri dans le rock. Si j’étais môme aujourd’hui que j’avais 15 ans et qu’on me fasse écouter ça je me dirais : C’est affreux l’rock !

Qu’est-ce que t’écoutes ?
Didier Wampas : Je lis des magazines comme Mojo, et comme aujourd’hui tu peux écouter en même temps, je lis le magazine et j’ai mon iPad et j’essaye d’écouter. J’suis à la retraite alors j’ai l’temps. J’écoute plus des vieux trucs, ce que je n’ai pas écouté des années 1960-1970, du country rock, du jazz, tout ce que je détestais avant. J’aime bien l’album de The Darkness, il y a une chanson « Easter Is Cancelled » qui donne son titre à l’album, ça me rend heureux ! Il monte dans les aigus tellement, c’est un bonheur.

La tournée démarre en janvier-février, tu l’abordes comment ?
Didier Wampas : J’en sais rien. Je l’aborde pas. On pourrait dire que c’est la routine, tous les deux-trois ans on joue au Bikini, au Paloma à Nîmes, mais non non c’est vraiment, nouveau à chaque fois. C’est vraiment un challenge. On va essayer de jouer le plus de morceaux possible du nouvel album, ce qu’on a fait sur l’album d’avant d’ailleurs. C’est un challenge de monter sur scène tous les soirs de toute façon, c’est toujours dur. C’est un peu comme un match de foot, t’as beau être champion du monde, si tu donnes pas tout tous les soirs sur le terrain, bah tu vas perdre.

Ta chanson préférée sur l’album ?
Didier Wampas : J’en sais rien je ne les écoute pas une fois qu’ils sont sortis, mais j’aime bien « Pernety » parce que c’est assez personnels, mais j’aime bien l’album en tout cas. Merci Lionel.

Propos recueillis par Christian Eudeline

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