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Jean-Jacques Burnel : « Les Stranglers n’ont jamais été en si grande demande mondialement »

Fin novembre, les Stranglers tournent en France, quarante deux ans après leur première apparition de ce côté-ci de la Manche, le 23 mai 1977 au Bataclan. Partis à quatre, ils ne sont plus que deux membres originaux Jean-Jacques Burnel (bassiste- chanteur) et Dave Greenfield (organiste) ce qui ne les empêche d’être encore et toujours au taquet.
Si les Stranglers ont toujours été considérés comme des étrangers vis à vis des punks, c’est parce qu’ils osaient intégrer un clavier. Instrument alors rédhibitoire pour les mohicans de ’77, et qui bien sur proposait des ambiances sinon jazzy, des envolées lyriques louchant beaucoup sur le rock psychédélique cher aux années soixante.
L’eau depuis a coulé sous les ponts et ailleurs, les cheveux des excités ont repoussé et c’est toujours un plaisir de discuter avec Jean-Jacques Burnel.

C’est pour quand le nouvel album ?
Jacques Burnel : Je ne sais pas, l’année prochaine j’imagine. Mais le problème, si c’est un problème, c’est que les Stranglers n’ont jamais été en si grande demande mondialement. Tout ce que tu veux dans la vie quand tu joues dans un groupe c’est d’avoir un public, et donc on a accepté plein de tournée un peu partout, privilégiant la scène au studio. Ça fait un moment que l’on n’a rien sorti…

Sept ans. En avez-vous marre de toujours jouer les mêmes morceaux, au hasard « Always The Sun » et « No More Heroes »…

Jean-Jacques Burnel : Non, on change la set-list tous les jours. Les concerts nous permettent aussi de jouer des nouveaux morceaux qui n’ont pas encore été enregistrés, des titres qui seront sur le disque à suivre comme « Last Man In The Moon » en ce moment

Un documentaire est prévu.
Jean-Jacques Burnel
 : Oui il sortira en salle l’année prochaine, c’est un film de presque 2 heures qui présente l’histoire du groupe, il y a des interviews de tous les vieux. Il a été réalisé par un écossais, David Boni.

Deux heures est-ce assez pour résumer 45 années de carrière ?
Jean-Jacques Burnel : Pas vraiment parce que c’est rare finalement d’avoir un si long vécu.

A part les Rolling Stones.
Jean-Jacques Burnel : Mais ils n’ont rien produit de nouveau depuis trente ou quarante ans. Nous au moins on essaye.

Eux aussi.
Jean-Jacques Burnel : Non, eux ils n’essayent pas ils recyclent le blues. Ce qui est fantastique mais ce n’est pas comme nous.

Quelle est la meilleure période du groupe ? Hier lorsque vous jouiez dans les pubs ou aujourd’hui lorsque vous tournez aux Etats-Unis ?
Jean-Jacques Burnel : J’essaye de ne pas tourner aux Etats-Unis.

A cause de Donald Trump ?
Jean-Jacques Burnel : Entre autres, non c’est juste. J’ai vu ce qu’il s’est passé aux Etats-Unis avec le succès de mes pairs, le succès a tué tous les groupes de ma génération. Ils ont arrêté d’être créatifs : The Clash, U2, Police… Dés qu’ils ont commencé à porter des chapeaux et des bottes de cow-boy c’était la fin. De plus ils se détestaient tous à la fin. Nous avons également eut ce choix là, passer douze mois aux Etats-Unis pour Brake the America comme ils disent. Ça ne me plaisait pas du tout, et c’est pourquoi on existe toujours. On n’a jamais fait de compromission. Pour avoir mon permis de travail cette année aux Etats-Unis, j’ai dû être interviewé par le FBI ! Parce que j’ai eut des petits problèmes il y a plus de quarante ans ! Ce sont les questions classiques pour avoir un visa : Est-ce que vous êtes ou avez été membre du Parti Communiste ?

Et la réponse est ?
Jean-Jacques Burnel : Non, seulement du parti nazi… Je plaisante. Mais je n’en reviens pas de leurs questions bêtes : Est-ce que vous avez l’intention de renverser le gouvernement américain actuel ? Bah évidemment que oui !

C’est là où il y a des petites exactions du passé qui remontent à la surface. Le tee-shirt sur la scène du Roundhouse le 30 janvier 1977, par exemple. (NDR Hugh doit porter sur scène un tee-shirt qui reprend le logo symbole des usines Ford conjugué avec le mot Fuck . Le GLC (gouvernement interne à la capitale anglaise) va voir le groupe dans les coulisses avant le show, pour lui interdire de jouer et les menacer de poursuites si l’un des Stranglers osait porter ce fameux tee-shirt sur scène. Hugh enfile discrètement l’objet du délit sous son cuir. Ce dernier ne le dévoilera qu’à la fin du concert en même-temps qu’il relate toute l’histoire à son public… Le GLC assistera impuissant à la provocation et la danse victorieuse des Finchley Boys, mais interdira au groupe de se produire dans la capitale anglaise pendant plusieurs mois.)
Jean-Jacques Burnel : Oui, et aussi des évènements comme ceux de Nice (le concert du 20 juin 1980) il y a longtemps, où moi j’ai été incarcéré. (NDR Les Stranglers devaient se produire à Cannes, mais au dernier moment la concert est déplacé à Nice dans l’amphithéâtre de la faculté. Le groupe n’y sera pas autorisé a utiliser un groupe électrogène qu’ils ont loué spécialement et sont donc obligés de se brancher sur la sono habituelle de l’amphithéâtre (qui n’a bien sur pas du tout été prévue pour cet usage !); ils n’ont pas non plus accès aux vestiaires ni aux douches… Ils ne sont pas les bienvenus. Ils assureront, après s’être changés dans les toilettes d’un café, mais la sono flanche dés les premières mesures. Hugh Cornwell fait alors part de cette situation au public venu voir son groupe, et évoque les  conditions dans lesquelles ils ont été traités, propos traduits par Jean-Jacques Burnel. La conclusion en est : On nous traite comme des cochons, on va se comporter comme des cochons et retourner dans nos enclos ! Jean Jacques ajoutant : Il y a de belles vitres, ici… On pourrait peut-être… Si j’étais vous… De là, certains dégâts matériels engendrés par le climat déplorable, il n’y a qu’un pas. Une plainte est déposée contre X, qui évalue les dégâts A 300.000 F, alors que Jean-Jacques risque une peine d’emprisonnement de 1 A 5 ans. Il sera libéré après que sa maison de disques ait versé une caution de 100.000 F.) Ils ont tous dans leurs archives. C’est assez flippant en fait.

Les Stranglers ont eut une image de mauvais garçons avec les finchley boys qui les accompagnent (le nom des fans, NDR).
Jean-Jacques Burnel : Comment se fait-il ? Ce n’était pas des mauvais garçons ni des fouteurs de merde, ils nous protégeaient.

De quoi ?
Jean-Jacques Burnel : Des mauvaises langues. Parce qu’il y avait The Clash, les Sex Pistols qui avaient tous leurs supporters. Et donc les finchley boys faisaient le ménage.

Vous existiez avant pourtant.
Jean-Jacques Burnel : Oui ces groupes venaient nous voir en 74-75. On a été le premier groupe à jouer avec Patti Smith et les Ramones dés 1976. J’aimais bien les Ramones.

A un moment il y a un vent de liberté qui révolutionne le business rock, il s’appelle punk et vous sautez dans le train en marche.
Jean-Jacques Burnel : L’un des meilleurs solos pour moi c’est sur l’EP Spiral Scratch des Buzzcocks.

Comment ça se fait que vous ne soyez pas signés au début ? Vous jouiez dans les pubs pourtant ?
Jean-Jacques Burnel : Oui on voulait jouer dans le circuit des collèges parce que c’était plus intéressant, c’est Joe Strummer qui a commencé à jouer dans ce circuit. Il était dans un groupe de rhythm and blues, les 101’ers. Tout à coup ils ont eut la côte et on attaqué ce circuit des collèges qui n’a pas été très réceptifs pour nous.

Il y avait une solidarité entre les groupes ? Joe Strummer vous aide ?
Jean-Jacques Burnel : Oui, les 101’ers nous ont aidés en nous offrant une résidence au Elgin pub, c’était leur quartier général. On se voyait. Mais ona été les derniers à être signés, alors qu’ils venaient tous nous voir : Chrissie Hynde, les Damned, les Sex Pistols… Ça commençait à bouger, les concerts où l’on a assuré la première partie de Patti Smith et des Ramones nous ont beaucoup aidé. Mais à un moment, tous ces groupes The Clash, les Damned, les Buzzcocks se sont mis du côté des Pistols. On a eut une grande bagarre un soir. Le deuxième soir avec les Ramones, c’était le 5 juillet, cette date tombait le même jour que le bicentenaire de l’indépendance américaine. En 1976 donc. Et pour célébrer ce bicentenaire, les américaine avaient décidé de faire deux concerts à Londres les 4 et 5 juillet : Flamin’ Groovies, Ramones, Stranglers. Nous on représentait Londres. En sortant de ce club le second soir, il y avait Steve Jones des Sex Pistol et Paul Simonon du Clash, ils étaient au bar. Or Paul avait à l’époque une sorte de tic. Il faisait semblant de cracher, juste quand je suis passé. Alors je lui ai cassé la gueule bien sur. Steve Jones et un autre Pistols me sont tombés dessus à ce moment-là, la bagarre a commencé soft comme ça à l’intérieur, les videurs nous ont jeté dehors. Paul et moi nez à nez, d’un côté il y avait les Ramones, quelques Pretenders, les Sex Pistols, des journalistes, et de l’autre c’était moi avec quelques Stranglers et des finchley boys. Et depuis ce jour-là, la presse s’est toujours mise contre nous, ce qui nous a beaucoup arrangés au final.

Comment ça ?
Jean-Jacques Burnel : Nous avons pu nous développer sans aucune pression extérieure. C’était nous contre le reste du monde, parce qu’à l’époque la presse musicale avait énormément de pouvoir, le New Musical Express, Melody Maker, le Sounds. On ne s’en rendait pas forcément compte, c’était plus naturel que réfléchi comme attitude.

Tu as des origines françaises.
Jean-Jacques Burnel : Je suis français. J’ai le double passeport, je n’en avais pas avant, en 1977 j’ai reçu mes papiers pour faire le service militaire. Je l’ignorais, j’ai été jugé et pendant quelques années pour moi c’était difficile de rentrer en France.

Lors des tournées des Stranglers par exemple ?
Jean-Jacques Burnel : Oui, je devais rentrer par des départementales en Belgique, heureusement il n’y avait pas de système informatisé comme aujourd’hui. Mais je venais visiter mes parents en France en bécane, je prenais des petites frontières en Allemagne ou en Belgique. Mes parents avaient pris leur retraite dans le sud de la France, le Var, ce qui a toujours été une bonne destination pour moi. Un bon voyage en bécane.

Comment tu les rencontres les Taxi Girl ?
Jean-Jacques Burnel : Le gars qui nous a signé Andrew Lauder, il avait signé Motörhead, c’était le patron de United Artists, Can, Elvis Costello plus tard, Buzzcocks, Stone Roses… Plein de gens. Vu le succès des Stranglers au début, tout à coup j’avais un peu d’influence. Et je voulais à tous pris faire découvrir des groupes de français, et j’ai ce projet de réunir des morceaux sur une compilation que je voulais appeler Frogs. J’avais la pochette, j’avais récupéré les bandes tout : il y avait, Metal Urbain « Hystérie Connective », Charles De Goal, Starshooter, Asphalt Jungle… Et toutes les semaines quand je pouvais je venais en France, ils me donnaient la permission de sortir ce disque. Ce qui m’a bloqué à un moment c’est CBS, ils voulaient de l’argent pour mettre Edith Nylon. Je leur disais : Ce n’est pas dans mon budget. Ils étaient vraiment bêtes. Il y avait Téléphone aussi. Tout le monde avait donné sa permission sauf CBS, et ça a duré six mois et j’ai perdu l’intérêt. Taxi Girl était l’un des groupes retenus avec « Mankin ». Ils savaient que j’étais intéressé et c’est comme ça que Mirwais m’a branché pour me demander si j’étais intéressé pour produire leur album à un concert (la fête du Parti Socialiste le 12 mai à Nantes). Oui bien sur.

Ce disque Seppuku reste un disque étonnant.
Jean-Jacques Burnel : Cela a été une très bonne expérience pour moi, je suis arrivé à Paris et ils venaient de perdre leur batteur six semaines avant, Pierre Wolfsohn. On s’était mis d’accord pour mon avance, je venais de terminer un album, La Folie, sur lequel il y a « Golden Brown ». Je suis allé aux répétitions de Taxi Girl pour prendre des notes me familiariser avec leur musique. Et leur nouveau batteur était vraiment mauvais, j’ai réalisé qu’il serait impossible de travailler avec lui, j’en parlais avec leur manager Alexis. C’est lui qui m’a rattrapé : Que peut-on faire ? Prendre Jet Black. Il était parti à Hollywood avec sa petite amie, je lui ai téléphone en catastrophe. Il m’a dit : Combien tu me payes ? Je veux une bouteille de whiskey ou de vodka tous les jours, l’argent je m’en fous ! Il est revenu d’Hollywood à ses propres frais à Paris, et il a fait sept jours en studio à relire, pour retravailler chaque morceau. C’est incroyable le travail qu’il a fait. A la fin de la semaine, quand il a laissé sa chambre ils ont trouvé 24 bouteilles et non 7 !

Tu vas encourager Laurent Sinclair à partir en solo ?
Jean-Jacques Burnel : Pas à l’époque non, parce que je ne savais pas qu’il en avait envie, qu’ils allaient splitter. Après ce disque que je trouve toujours charmant d’ailleurs, je suis assez content de mon travail. Ils viennent tourner en Angleterre où ils ont assuré d’ailleurs, on m’en parle toujours : Fucking crazy french guys ! They were great ! J’ai pris Laurent sous mon aile, et je l’ai encouragé, mais il sombrait déjà dans la came. J’ai monté un groupe pour les Transmusicales de Rennes, en 1987 (le 10 décembre) The Purple Helmets. Je n’avais pas le temps de préparer quelque chose de très original, et comme je suis un fan de rock sixties cela a été le concept de Purple Helmets. Laurent joue aux Transmusicale mais n’est pas sur l’album, j’ai pris Dave pour le disque, je ne pouvais pas faire autrement. .

T’as bossé avec d’autres français ?
Jean-Jacques Burnel : Oui Jacques Dutronc, je joue de la basse sur son album CQFD (1987) il était charmant, il a d’ailleurs totalement démonté l’adage : Never meet your heroes. Et puis j’ai aussi travaillé avec Dani où je recroiserais Daniel Darc.

Et tu as chanté deux trois chansons en français.
Jean-Jacques Burnel : J’essaye. Je voulais à tous prix faire de la musique en français, mais je me souviens qu’un jour j’ai joué mon disque Un Jour Parfait (son 2ème solo, 1988) à Bernard Lavilliers, qui m’a dit que ce genre de musique ne marcherait jamais.

Sur ton premier album Euroman Cometh tu poses devant Beaubourg pour quelle raison ?
Jean-Jacques Burnel : Parce que c’était impressionnant et que personne ne l’avait encore fait. Ça venait d’être terminé, par un anglais d’ailleurs Richard Rogers, ce bâtiment est devenu iconique.

La tournée en France ?
Jean-Jacques Burnel : Ce sera je crois notre dernière, j’ai envie de me concentrer sur les one off. Je veux jouer mais pas autant, je commence à fatiguer.

Et si l’un de vous deux passe l’arme à gauche vous arrêterez ?
Jean-Jacques Burnel : Oui bien sur, c’est déjà prévu. On en discute si Dave ou moi on meurt c’est fini.

Ce n’est pas une plaisanterie ?
Jean-Jacques Burnel : Non.

Propos recueillis par Christian Eudeline

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